






|
|
Vie en communauté
« Ora et labora » - Prie et travaille
Le travail
L'approfondissement de la foi
L'Évangile de Luc, reprenant l'Ancien Testament, demande : « Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme de toute
ta force et de toute ta pensée. »
Une
des dimensions de la vie humaine à tourner vers Dieu est la pensée. Le
moine essaie de réaliser cet aspect de l'Évangile par l'étude de la Bible
et de la tradition chrétienne, non pas à la façon rapide et superficielle
employée trop souvent dans les médias, mais par une appropriation patiente
et longue sous la conduite de guides sérieux : ceux-ci peuvent
être des moines choisis par le Père Abbé, des cycles
d'études internes ou externes, des conférenciers de passage, des sessions
organisées plusieurs fois par an. L'accès direct à une bonne bibliothèque
de communauté qui est l'objet des soins de l'un des moines avec un budget
sérieux est une aide appréciable.
L'accueil de nombreux hôtes réclame des moines qui en sont chargés une
acuité d'esprit entretenue par la lecture pour être capable d'interpréter
ce qui est dit dans ses dimensions psychologiques, sociales, culturelles,
chrétiennes. Dieu s'est incarné en Jésus-Christ et le mystère chrétien
qui se réalise dans les personnes ne doit pas faire tenir pour nul et
non avenu la réalité humaine engagée en chacun.
Autour
du Concile Vatican II, le monastère a participé au travail diocésain pour
la liturgie en basque ; une traduction de la Bible est en grande
partie déjà réalisée ; le Nouveau Testament
est paru.
Le travail communautaire soit dans les ateliers (tapis, fromagerie, librairie)
soit au service quotidien du groupe (cuisine, infirmerie, comptabilité)
demande aujourd'hui comme dans toute les sociétés une formation continue
rendant capable de s'adapter aux évolutions de notre temps.
L'histoire de l'ordre bénédictin montre que l'on a cultivé l'intelligence
dans les monastères et que cela est devenu le patrimoine de tous en matière
littéraire ou agricole.
Méditation de Mgr Cl. Dagens, évêque d'Angoulême,
sur un passage de l'évangile selon St Luc au ch. 24 : "Les
disciples d'Emmaüs" :
L'EXPÉRIENCE DU CHRIST DES PELERINS D'EMMAÜS
C'est un long récit, propre à l'Évangile de Luc,
avec deux éléments très importants:
* Il y a plusieurs étapes sur ce chemin, plusieurs moments dans
ce long dialogue avec Jésus. Autrement dit, l'expérience
du Christ ne se fait pas d'un coup. La foi au Christ ne se réduit
pas au tout ou rien. Il y a réellement un cheminement de la foi.
Et nous n'en finissons pas d'apprendre et de pratiquer cette pastorale
du cheminement.
* Sur cette route d'Emmaüs, c'est Jésus qui prend l'initiative.
C'est Lui le premier acteur du dialogue, même s'il n'est pas reconnu.
Ils le reconnaissent après, quand il les a quittés. Il y
a presque toujours un délai de la foi. Lui s'approche et fait route
avec nous. Nous, nous comprendrons plus tard. D'où le besoin de
relire, de faire mémoire des passages de Dieu dans nos vies.
I PREMIER MOMENT: IL FAIT ROUTE AVEC EUX
Eux, Jésus et nous : ce seront les trois éclairages de
ce récit.
1. Eux, les pèlerins, qui quittent Jérusalem et rentrent
chez eux, à Emmaüs.
* Ils sont brisés. Ils sont remplis par la mémoire de
la mort : violence, mort de Jésus sur la Croix, désarroi,
solitude. Tel est le terreau humain dans lequel va germer la Parole de
Jésus.
Il y a là un très grand réalisme de la foi. L'expérience
du Christ n'abolit rien des duretés du monde. C'est au sein de
nos brisures que germe la foi, comme l'aurore dans la nuit, comme la lumière
dans les ténèbres.
Pour le dire comme l'apôtre Paul, rien ne peut nous séparer
de l'Amour du Christ, parce que rien n'empêche le Christ de venir
à nous : telle est la puissance de sa résurrection.
Ils sont en même temps enfermés dans leurs illusions sur
Dieu. Car ils ont imaginé Dieu comme une puissance supérieure,
capable d'écraser tous ses adversaires. Ils ont donc rêvé
d'un coup de force de Dieu et d'un triomphe du Messie Jésus.
Sa mort violente sur la Croix est donc pour eux l'effondrement de leur
rêve Dieu a été mis en échec par les hommes.
Eux aussi sont condamnés à l'échec.
La mort est donc bien plus que l'événement de mort. C'est
l'ombre portée en eux-mêmes par l'effondrement de leur rêve.
C'est cela qui les rend aveugles : ils ne peuvent voir que ce qu'ils ont
expérimenté. Ils ont expérimenté l'échec
de Dieu selon leur idée de Dieu. Ils ne voient que l'échec.
Ils ne peuvent pas reconnaître le Ressuscité.
==> Ce récit dit aussi la profondeur du mal : le mal, c'est
ce qui empêche de voir le réel de Dieu avec nous. Le mal,
c'est ce qui nous sépare - presque physiquement - de l'humanité
de Dieu révélée dans la Croix du Christ.
Et la délivrance du mal sera donc, pour eux, comme une résurrection.
2. Et Lui, Jésus, qui est-il, à côté d'eux
?
Il est ressuscité. Il a vaincu la mort. Il est vivant près
de Dieu. Il est dans la lumière de Dieu. Il est le Seigneur. Son
horizon, ou plutôt ce qui l'habite, c'est la gloire de Dieu.
Mais, en même temps - et là est la nouveauté de
la résurrection - , il est là, près de ces deux hommes
désemparés. Il fait route avec eux. Il a la liberté
de les rejoindre, de les accompagner. Dans la plupart des récits
d'apparition, c'est le verbe venir qui exprime cette liberté du
Christ ressuscité : il vient, et sa venue est le signe de sa Seigneurie.
Il y a là une ouverture absolue de Dieu aux hommes : ce n'est pas
seulement l'Incarnation, le fait d'assumer notre humanité, mais
la Résurrection, c'est-à-dire la liberté de s'ouvrir
à nous, même quand nous, nous ne sommes pas ouverts à
Lui, et il s'ouvre à nous pour nous ouvrir à Lui.
Il est là, il marche, et sa parole est une parole de proximité
et de compréhension. Il ouvre lui-même le dialogue : "
Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? " (Luc
24, 17). Il leur donne la parole : Jésus, le Ressuscité,
devient l'auditeur, et comme le témoin de sa propre Passion racontée
par ces deux hommes, et en même temps le témoin de cette
formidable incompréhension humaine, qui est une des raisons essentielles
de sa Passion : ils attendaient un Messie triomphant, et ils n'ont pas
accepté l'échec apparent de Jésus, sa mise à
mort, sa crucifixion.
" Nous espérions, nous, qu'il était Celui qui allait
délivrer Israël ! " (Luc 24, 21).
La liberté de Dieu va jusque là: jusqu'à être
témoin de notre aveuglement, de notre refus de sa victoire sur
la mort.
Voilà l'expérience que fait Jésus ressuscité
: il assume et encaisse notre résistance au salut. Et cela donne
son plein sens, son sens dramatique à la promesse: " je suis
avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. " (Matthieu
28, 10). Il est avec nous, même quand nous restons aveugles à
sa Présence. Et il demeure un inconnu.
La Passion du Christ continue au-delà et comme à travers
la résurrection. Mais le dernier mot de Dieu, ce n'est pas la mort
du Fils. C'est la proximité toujours possible du Ressuscité
à nos côtés.
3. Et nous, sur nos routes, comment faisons-nous l'expérience
du Christ ? À quoi cette expérience nous engage-t-elle ?
Restons-en à cette première étape de non-reconnaissance,
de dialogue réel, mais sans issue immédiate, comme dans
certains de nos dialogues humains : on se parle, on se raconte sa vie
et ses sentiments, mais on ne se comprend pas. La distance semble insurmontable.
La solitude demeure.
À cette étape, nous pouvons nous demander : qu'est-ce
qui crée la distance ? Qu'est-ce qui nous sépare du Christ
ressuscité ? Qu'est-ce qui nous empêche de faire l'expérience
du Christ ?
. Notre indifférence, souvent épaisse, nos distractions
: nous sommes occupés à autre chose, et surtout à
nous-mêmes. Dieu est si loin.
. Parfois, sans doute, notre culpabilité, notre sentiment d'indignité
: nous interdisons à Dieu de s'approcher de nous.
. Mais il y a peut-être plus profond, plus radical : nous avons
peur de la proximité de Dieu. Comme Pierre, au moment du lavement
des pieds : " Ne viens pas si près ! Ne t'approche pas ! Reste
chez toi ! Laisse-moi tranquille ! Ne m'associe pas à ta mission
! "
Cette peur de la proximité de Dieu est réelle. Elle est
un obstacle réel. Au fond, nous n'acceptons pas que Dieu soit si
proche, si humain, si fraternel.
Nous sommes résignés aux lois de la mort. Il y a l'échec.
Il y a l'ensevelissement. Il y a la disparition du corps. Mais il n'y
a rien au-delà. Nous sommes résignés à l'absence
d'éternité, à la mort éternelle. Or l'éternité
commence avec le Christ ressuscité. Acceptons-nous que la victoire
de Dieu sur le mal passe par des chemins que nous n'osons pas imaginer
? Par le chemin du don total.
II DEUXIÈME MOMENT: IL OUVRE POUR EUX LES ÉCRITURES
1. C'est Jésus lui-même le Ressuscité qui prend
alors la parole.
Et avant d'ouvrir les Écritures, sa parole exprime sa souffrance
" Esprits sans intelligence, coeurs lourds et lents à croire...
" (Luc 24, 25)
C'est l'expérience même du Christ par rapport à nous,
par rapport à ses disciples : Lui a vaincu la mort et eux demeurent
incrédules. Ils sont fermés à la Résurrection,
enfermés dans la mort.
Alors vient la parole qui va les arracher à cet enfermement
: la Parole du Christ qui parcourt les Écritures, toutes les Écritures
: " Il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
" (Luc 24, 27)
Ici, attention : on dit que le christianisme serait une religion du
Livre, comme l'Islam. Ce n'est pas exact : la foi chrétienne n'est
pas fondée d'abord sur un Livre, mais sur une Parole tenue, une
promesse qui s'accomplit.
=> Quand Jésus s'explique sur lui-même, sur sa mort et
surtout sur sa mission, il n'a pas de livre à la main. Mais il
a en lui, il porte en lui, fils d'Israël, la mémoire vive
de l'histoire du salut : il fait mémoire, à travers toutes
les Écritures, de l'engagement de Dieu pour son peuple à
travers l'histoire des peuples du Moyen Orient.
Et la référence à Moïse est capitale : car Moïse,
inséparable d'Abraham, est l'homme qui conduit le peuple élu
vers la Terre promise. Mais il n'y entre pas. Il meurt en terre de Moab
après avoir contemplé la Terre promise au mont Nebo (cf.
Dt. 34,1-5). Et ce n'est pas un hasard si Moïse est présent
à la Transfiguration avec le prophète Élie : ils
parlent avec Jésus de son exode à Jérusalem (Luc
9, 31).
Et maintenant l'Exode est accompli. Par sa passion et par sa mort,
Jésus a accompli les promesses de Dieu. Le Christ ressuscité
est habité par cette conscience vive d'être l'accomplissement
des promesses de Dieu, le Sauveur.
D'une façon étonnante, scandaleuse, paradoxale : il a subi
la violence des hommes, de tous, les Juifs, les Romains et aussi ses amis
qui le lâchent. Sa mort révèle que le mal dans ce
qu'il a de radical, c'est le refus de l'Amour, le refus du don de Dieu.
Et dans cette mort, dans cet abandon du Fils à Dieu, le Père
tient sa promesse pour tous les hommes : il fait miséricorde, il
touche, à travers le Corps de son Fils, notre humanité violente,
et il la relève, il la recrée.
" Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer
dans sa gloire ? " (Luc 24, 26).
Voilà le centre, le cur palpitant de la Révélation
chrétienne et de la foi chrétienne : par la Croix, par la
souffrance et la mort du Fils, le mal est en même temps révélé
et vaincu. Et la gloire, celle qui passe par la Croix, ce n'est pas seulement
la lumière de Dieu: c'est le rayonnement du pardon, c'est la puissance
de miséricorde qui se déploie pour tous les hommes
" Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font
" : c'était une des dernières paroles de Jésus
crucifié dans le récit de Luc. (Luc 23,24).
Maintenant sur la route, Jésus ouvre et explique les Écritures
pour conduire les disciples à ce cur du mystère pascal.
Et l'on verra plus loin que " leur coeur était brûlant
" (Luc 24, 32), lorsqu'il reçoivent cette Révélation.
2. Et nous, face à la Parole de Dieu, que dire, que faire ?
Avant tout écouter, recevoir la Parole, de toutes les façons
: lecture personnelle, rumination quotidienne, groupes de lecture organisés
dans le diocèse, groupes d'études exégétiques,
avec l'aide d'un prêtre ou d'un laïc formé.
Il y a diversité de méthodes et d'approches. Mais il y a
une intention commune et une expérience commune.
La Parole de Dieu, de l'Ancien au Nouveau Testament, est un tout. On
ne peut pas sélectionner tel ou tel élément en le
séparant du tout. Mais on n'aura jamais tout lu. On peut ne retenir
qu'une phrase, un mot. " Dieu a tant aimé le monde qu'il a
donné son Fils unique. " Jean 3,16).
Mais nous savons bien ce que nous cherchons, en dernière instance
dans la Parole de Dieu: nous y cherchons et nous y trouvons l'engagement
même de Dieu qui sort de lui-même pour faire Alliance avec
nous. Et le sommet ou le cur de l'Alliance, c'est le don du Fils,
c'est la Croix de Jésus, non pas signe de mort, mais de la mort
vaincue par le don du Fils.
Alors, cette Parole de Dieu devient une source de compréhension
nouvelle des événements du monde. Par sa parole, Dieu nous
donne de comprendre toutes choses autrement, comme pour les deux disciples
d'Emmaüs.
Jusque là, ils en restaient à une lecture humaine de la
mort de Jésus : une sorte de rapport de forces implacable entre
Dieu et les hommes, qui aboutirait à la défaite de Dieu.
La lecture faite par Jésus des Écritures change tout. Elle
éclaire tout autrement la mort sur la Croix n'est pas l'échec,
mais le signe de l'amour plus fort que la mort.
=> Nous avons nous aussi à pratiquer cette lecture pascale
des événements de nos vies et de la vie du monde. La question
essentielle n'est plus: "Qui est le plus fort ? Où sont les
vainqueurs et les vaincus, ou même les bons et les méchants
7" Mais : ""Où y a t-il signe de renaissance, même
à travers l'épreuve, ? Où y a t-il attente de vie
et de résurrection, même dans des situations de violence,
que ce soit au Moyen Orient ou dans nos existences personnelles ?"
Ce qui change et qui éclaire l'histoire du monde, c'est la Croix
de Jésus, souvenons?nous des moines de Tibhérine ! À
vue humaine, c'est l'échec. Aux yeux de la foi, qui ne se résigne
pas à la mort, c'est la promesse d'une réconciliation.
Cherchez ces signes dans la trame de nos vies. Où la mort est-elle
vaincue ? De quelles brisures peut jaillir la résurrection, en
nous-mêmes et dans notre humanité ?
III TROISIÈME MOMENT: IL ROMPT LE PAIN ET LE LEUR DONNE
1. La halte au village
Le Christ ressuscité a ouvert pour eux les Écritures,
et il a commencé à ouvrir leurs curs au mystère
pascal. Mais il reste encore un inconnu.
Voici maintenant le moment de la reconnaissance qui va avoir lieu lors
de la halte au village. Et cette halte va devenir un point de départ,
presque un envoi en mission.
Cette halte est désirée par les deux pèlerins. Ce
sont eux qui en prennent l'initiative, alors que Jésus semblait
poursuivre la route. " Reste avec nous, le soir vient ... "
(Luc 24, 29). Cette allusion à la nuit qui tombe exprime sans doute
la peur de la solitude : cet inconnu est devenu pour eux un ami, un compagnon.
Ils ressentent le besoin de sa présence.
Et leur insistance, leur invitation est très révélatrice
de leur attente : ils ont écouté sa parole. Ils ont faim
de poursuivre le dialogue. Mais le dialogue va désormais passer
non plus par un échange de paroles, mais par un signe.
2. Le signe du pain rompu
" Quand Jésus se fut mis à table avec eux, il prit
le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le
leur donna. " (Luc 24, 30).
Ce signe est sans aucun doute le signe eucharistique. Il renvoie au dernier
repas de Jésus avec ses disciples, à la veille de sa mort
au Cénacle, dans le cadre d'une liturgie juive.
Mais désormais, nous avons ici une liturgie clairement chrétienne.
Pourquoi ?
Parce que le centre en est Jésus ressuscité, lui-même
: c'est lui qui préside, qui bénit, qui rompt le pain et
le leur donne. Les gestes de l'Eucharistie sont d'abord des gestes du
Christ. Le sacrement de l'Eucharistie n'est pas une invention de l'Église,
mais l'acte de Jésus se révélant et se donnant à
ses disciples.
C'est la Résurrection de Jésus, ou plutôt sa Pâque,
qui donne son plein sens à ce signe, à ces gestes :
. Le geste du pain rompu déploie, révèle l'acte de
sa vie donnée, abandonnée au Père, livrée
aux hommes.
. En même temps, c'est le Ressuscité qui rompt le pain et
le leur donne: cette fraction du pain communique sa victoire sur la mort,
son entrée dans le Royaume.
. Et il sera clair, pour les disciples, qu'en recevant ce pain, ils communient
à la Pâque de Jésus. Ils reçoivent en eux la
force du don par laquelle il a lui-même vaincu la mort et le mal.
Ils reçoivent son Corps pour devenir son Corps. Plus de parole
à entendre, mais une présence charnelle, mystérieusement
charnelle, à reconnaître et à accueillir.
=> Tout est dit ainsi du sacrement de l'Eucharistie, inséparable
de la Pâque de Jésus : son origine dans le sacrifice du Fils,
son accomplissement dans le geste du pain rompu, et aussi ses effets pour
ceux qui y participent.
. " Leurs yeux s'ouvrent, ils le reconnaissent, puis il leur devint
invisible. " (Luc 24, 31). C'est l'expérience de la présence,
à l'intérieur d'une réelle absence. Mais cela est
une expérience profondément humaine : car il ne suffit pas
d'être physiquement à côté les uns des autres
pour être présents les uns aux autres. On peut être
présent aux autres ou les autres peuvent nous être présents
dans la distance, malgré l'éloignement.
. Et surtout, quand leurs yeux s'ouvrent, ils ne le reconnaissent pas
pour le seul plaisir de le reconnaître. En le reconnaissant, ils
deviennent ses témoins: ils ne peuvent pas garder pour eux seuls
ce qu'ils ont reçu.
Leur communion au Christ les renvoie à Jérusalem, aux apôtres
et à l'Église naissante, naissante de la Pâque de
Jésus. Leur expérience du Christ ne peut pas demeurer une
expérience individuelle, privée. Elle demande à être
confirmée par l'Église, par les apôtres, par l'autorité
des apôtres, qui leur diront : " C'est vrai ! Le Seigneur est
ressuscité, et il est apparu à Simon ! " (Luc 24, 34).
3. La naissance de l'Église
Ce récit d'Emmaüs, qui commence par le désarroi,
s'achève non seulement par la foi et la communion au Christ ressuscité,
mais par la naissance de l'Église, de l'Église qui vit du
Christ ressuscité.
L'Eglise vit du Christ ressuscité, à la manière des
disciples d'Emmaüs.
. en laissant le Christ lui-même faire route avec nous, même
s'il n'est pas reconnu,
. en écoutant sa Parole qui vient ouvrir nos curs fermés
en communiant au pain rompu pour vivre de sa Pâque
. en acceptant aussi que notre expérience personnelle du Christ
soit confirmée par les apôtres.
Voilà les étapes décisives du chemin d'Emmaüs.
Mais ces étapes, qui concernent notre expérience du Christ,
fondent la mission de l'Église. Car l'Eglise n'est plus seulement
du ...
|
 |