LA
GLOIRE DE DIEU C'EST L'HOMME VIVANT
Catéchèse
donnée par Mgr Claude Dagens à l'occasion d'un pélerinage
de jeunes à Lourdes en avril 2008. I
- LAISSEZ PARLER LES SIGNES ! J'ai une première recommandation
à vous faire : à Lourdes, durant ce pèlerinage, laissez parler
les signes ! Laissez les signes de Dieu devenir parlants ! Et en particulier,
deux signes particuliers, privilégiés ! 1
- Les signes de Lourdes, sur les traces de Bernadette Premier
signe, le plus visible, le plus fréquenté, le plus connu : la grotte
de Massabielle. Là, en 1858, il y a 150 ans, un signe a été
donné à une petite fille de 14 ans, Bernadette Soubirous : la Vierge
Marie, Marie de Nazareth, est venue à elle, lui est apparue et lui a parlé.
Et elle a donné ici, dans la grotte, un signe extraordinairement
parlant : la source, l'eau qui jaillit peu à peu au milieu de la boue et
des détritus. Et Bernadette s'est lavée à cette source, qui
était là, mais qui restait enfouie. Aller à
la grotte, c'est reconnaître qu'il y a dans notre terre, dans notre humanité,
dans nos curs, des sources cachées, de vie, de confiance, de beauté,
d'espérance. Je pense à Anita, si blessée par
la vie et les violences de la vie : et elle a compris qu'il ne faut pas éviter
ces réalités, qu'il faut les regarder en face et laisser Dieu passer
par ces épreuves et nous appendre à vivre de sa vie : confiance,
pardon. - Mais n'oubliez pas : il y a à Lourdes un autre lieu
de source, beaucoup moins connu, mais revalorisé cette année : l'église
paroissiale, là où Bernadette a été baptisée,
peu après sa naissance. Elle a été marquée pour toujours
du signe de l'Amour de Dieu, au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit,
et elle en vivait, avant de voir la Vierge Marie lui apparaître.
2 - Le signe de votre pèlerinage : la gloire de
Dieu, c'est l'homme vivant ! C'est un très beau
signe, vivant, dynamique ou plutôt porteur, révélateur d'un
dynamisme intérieur, avec une double évocation : - en bas, les
formes arrondies ou sphériques, avec les mains qui se tiennent, qui s'emboîtent,
en signe d'entente, de fraternité, d'amour, et aussi la dimension de profondeur
ou d'intériorité : la mer, ou le ventre maternel, ou la graine enfouie
dans la terre et qui germe
- et l'autre mouvement, l'élan vers
le haut, avec la sortie de la sphère, et les bras ouverts largement, et
la silhouette qui peut être celle de l'enfant à sa naissance, ou
de Jésus crucifié, les bras ouverts, ou du Christ ressuscité
qui sort du tombeau. En tout cas, il y a là toute une évocation
du mystère de la vie : pas seulement un problème de biologie, avec
des manipulations possibles sur l'embryon, mais une réalité spirituelle
: l'homme vivant, l'être humain est appelé à vivre, et à
laisser Dieu vivre en lui, dans une sorte d'Alliance qui est le cur même
de l'existence chrétienne. II - MAIS
QUI EST DIEU POUR NOUS ? LE SÉPARÉ OU LE RELIÉ ?
J'ai fait jusqu'ici comme si la relation entre Dieu et l'homme était évidente.
Ce n'est pas vrai. Et il faut nous arrêter là, à cette question
: qui est Dieu pour nous ? " La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant
! " est une affirmation qui vient d'un grand penseur chrétien du IIème
siècle, Irénée, devenu évêque de Lyon à
une époque où se produisaient à la fois l'expansion du christianisme,
l'accentuation des persécutions anti-chrétiennes et le développement
des hérésies. Et la plus grande des hérésies de
cette époque, c'est ce que l'on appelle la gnose, en grec la connaissance
qui donne le salut : pour être sauvé, il faut entrer dans les secrets
de Dieu, dans les mystères qui sont révélés à
quelques initiés, comme dans une secte. Or, quelle est l'idée
qu'inspire ces sectes inspirées par la pensée gnostique? C'est
l'idée d'une séparation radicale, et même d'une opposition
radicale entre Dieu et le monde, Dieu et l'humanité. - Dieu est Dieu,
le Maître tout-puissant qui reste dans son ciel. Il rayonne de puissance,
mais il est séparé. Il règne sur le Royaume de la Lumière,
alors que le monde et les hommes sont dans les ténèbres. - Le
monde d'en bas, la terre, est sous la domination du mal. Les esprits mauvais sont
les maîtres du monde. Et la révélation gnostique enseigne
les moyens d'échapper à ce monde mauvais en captant les particules
de lumière qui permettront de s'élever peu à peu vers le
monde d'en haut, le monde où Dieu règne en souverain. C'est
là que la pensée d'Irénée a été libératrice.
Il refuse cette vision de Dieu et du monde en termes de séparation et d'opposition.
Ce qui est premier dans la révélation biblique, depuis le récit
de la Genèse jusqu'au livre de l'Apocalypse, c'est tout le contraire :
- Dieu s'ouvre aux hommes. Il leur parle. Il fait Alliance avec eux.
Il s'engage avec eux. Il les appelle à vivre de sa vie. -
Et le sommet ou le cur de cette Alliance, c'est le mystère du Christ
: Dieu s'est fait homme en Jésus Christ. Il nous donne son Fils, qui a
pris chair de notre chair et qui a tout pris sur lui de notre condition humaine,
y compris le mal, la violence et la mort. - La Révélation
chrétienne, c'est la promesse faite aux hommes de partager la gloire de
Dieu. Et en écrivant : " La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant ",
Irénée n'oubliait pas qu'il était disciple d'un vieil évêque
de Smyrne, en Asie mineure, Polycarpe, qui lui-même avait connu l'apôtre
Jean, qui lui-même avait été un des premiers compagnons et
témoins de Jésus, le Fils, le Verbe incarné, avec sa grande
révélation : - " Le Verbe s'est fait chair, et
il a " campé " parmi nous, et nous avons contemplé sa
gloire, gloire qu'il tient du Père, comme Fils unique, unique engendré,
plein de grâce et de vérité ". (Jean 1, 14). -
Et le début de sa première lettre : " Ce qui était
dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de
nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché
du Verbe de Vie, car la vie s'est manifestée : nous l'avons vue, nous en
rendons témoignage, et nous vous annonçons cette vie éternelle
qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ".
(Jean 1, 1-2). III
- LA GLOIRE DE DIEU DANS L'HUMANITÉ DE JÉSUS CHRIST
Le terme de gloire suggère un rayonnement de lumière, une lumière
qui se manifeste au dehors, mais qui a une source intérieure. La lumière
visible de Dieu passe par la personne, par le corps de Jésus, le Fils,
et, en même temps, cette lumière, ce rayonnement, est inséparable
de sa source qui est l'amour du Père. Voilà le cur de
la gloire de Dieu en Jésus Christ : le cur de la gloire, c'est l'Amour
unique, intense, indestructible, qui existe entre le Père et le Fils. Et
la lumière rayonne quand l'Amour se manifeste et il se manifeste à
travers des paroles et des dialogues. Spécialement à trois moments
: le baptême de Jésus, la Transfiguration et la Résurrection.
- Le baptême de Jésus (Marc 1, 9-11).
Jésus a une trentaine d'années. Il est venu
de Nazareth, en Galilée, au bord du Jourdain, là où Jean,
son cousin, donne un baptême de conversion. Il se plonge dans l'eau et à
ce moment, les cieux s'ouvrent et on perçoit une voix, une parole : "
Tu es mon Fils bien aimé, tu as toute ma faveur, tout mon amour. "
(Marc 1, 11). Notez bien le mouvement : descente dans l'eau et remontée
vers le haut, sortie de l'eau, comme sur le signe du pèlerinage. C'est
déjà comme un début de résurrection. Et puis,
l'ouverture des cieux : le monde de Dieu s'ouvre à l'homme Jésus
pour le désigner comme le Fils. La lumière et la gloire sont là,
non pas dans un éclair éblouissant, mais dans une parole d'amour.
C'est l'Amour du Père qui rayonne dans l'humanité du Fils, et l'Esprit
descend sur le Fils, comme une colombe. -
La transfiguration (Marc 9, 2-10). Nous sommes sur la montagne
et Jésus a pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il va être "
transfiguré " devant eux, rayonnant d'une lumière qui l'enveloppe
et qui le pénètre entièrement, dans ses vêtements et
dans son corps. Mais, là encore, le rayonnement de lumière s'accompagne
d'un dialogue, d'une parole révélatrice. Il y a à entendre
autant qu'à voir : " Celui-ci est mon Fils, mon bien aimé.
Écoutez-le ". (Marc 9, 7). Et aussitôt après, Jésus
leur demande de ne pas raconter ce qu'ils ont vu, " avant la résurrection
des morts ". (Marc 9, 7). Comme s'il craignait un malentendu, ou une illusion.
La lumière de gloire, qui annonce la Résurrection, est inséparable
de l'épreuve de la Passion, des souffrances et de la mort sur la Croix.
La gloire de Dieu se révèle à travers l'humanité blessée
de Jésus. - La Résurrection
(Luc 24, 13-33). L'apparition de Jésus aux disciples
d'Emmaüs est extrêmement parlante. Il est près d'eux, il marche
avec eux sur la route et ils ne le reconnaissent pas. Leurs yeux et leurs curs
sont comme fermés à sa lumière, et sa lumière n'est
pas du tout éblouissante. Et à quels signes vont-ils le reconnaître
? À deux signes : - Le signe du pain rompu, le signe de l'Eucharistie,
de la vie donnée, le signe par lequel Jésus se livre avec son corps
et devient notre nourriture. - Le signe de sa parole qui leur a " ouvert
", expliqué les Écritures. Il leur a fait comprendre ceci,
qui n'est pas du tout évident : Dieu n'est pas une force supérieure,
comme dans des bandes dessinées, où l'on voit des êtres surnaturels
qui dominent les événements et disposent de pouvoirs extraordinaires.
La lumière vient au cur des disciples d'Emmaüs quand ils se
souviennent et comprennent : Dieu n'est pas le vainqueur suprême. Dieu se
donne, et la Croix du Christ est le signe de ce don total qui va jusqu'au pardon.
Ceci n'est pas un spectacle éblouissant, c'est une lumière intérieure.
" Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font ! " (Luc
23, 34). Voilà le mystère chrétien dans
ce qu'il a de plus profond : - La vie de Dieu jaillit de la mort
du Christ. Le chemin qu'il ouvre ne va pas de la vie à la mort, mais de
la mort à la vie, à travers le signe de la Croix. C'est la parole
de l'un de vous : " C'est la Croix qui s'enracine dans le germe de vie et
d'amour. " Et c'est la vie qui jaillit de la Croix. Et si lumière
il y a, la lumière passe par la Croix. La gloire passe par la Croix. La
victoire de l'Amour de Dieu, ce n'est pas un spectacle, c'est un acte de don et
de pardon. Et voilà la vie chrétienne : nous sommes appelés
à vivre de la vie du Christ, et, comme dit si fortement l'apôtre
Paul, à mourir avec Lui pour ressusciter avec Lui. C'est une nouvelle naissance
qui nous est proposée : nous sommes faits pour " entrer dans le mystère
du Christ ", pour participer à la vie du Christ, pour devenir le Corps
du Christ. IV - LA VIE CHRÉTIENNE
: ENTRER DANS LE MYSTÈRE DE DIEU
Comment vivre de la
vie de Dieu, comment être habités par la lumière du Christ
?- REGARDEZ ET ÉCOUTEZ ! On
peut regarder sans voir. À nous d'ouvrir les yeux pour voir les signes
de Dieu : - la beauté du monde, le ciel, la terre, les montagnes, la
lumière qui germe ou qui s'éteint peu à peu. Douceur de la
lumière
- les visages des autres et à travers les visages,
les curs : visages des gens que nous aimons. Ne dites rien ! Regardez, contemplez,
tentez de comprendre au-delà des apparences belles ou laides ! Et surtout,
évitez les étiquettes : petit ou grand, gros ou maigre, riche ou
pauvre
Et si jamais la lumière de Dieu venait à nous à
travers les autres ? Cela s'appelle l'amitié ou l'amour ! Ce n'est pas
un acte de possession, c'est un acte de confiance, et de don. Pas besoin de se
protéger !- PRIEZ ! Et
acceptez que la prière soit modeste, ordinaire, simple. - " Me
voici, Seigneur ! Sois avec moi ! Sois avec des personnes qui ne croient pas en
toi, mais qui savent aimer et se donner ! " Faire silence devant des
signes parlants de la présence de Dieu : la grotte, le cierge pascal, l'Eucharistie
et aussi des icônes, des images belles et lumineuses, qui laissent rayonner
la gloire de Dieu, à travers l'humanité de Jésus, ou à
travers les figures des saints et des saintes.
-
VIVEZ DES SACREMENTS DE L'ÉGLISE ! Les sacrements :
des actes et des signes du Christ qui inscrivent en nous son Alliance, du baptême
à l'Eucharistie. Et chaque sacrement est comme un prolongement particulier
du mystère pascal : mort et résurrection, descente et relèvement,
enfouissement et jaillissement. . Le baptême : mort au péché,
vie pour Dieu, entrée dans le Corps du Christ. . Le sacrement
de pardon : comme un renouveau de baptême - mort et résurrection.
Qu'est-ce qui vous fait mal ? Qu'est-ce qui vous empêche de vivre vraiment,
de déployer ce que vous portez en vous ? La peur, le manque de confiance,
la jalousie, la haine, la désespérance ? -Approchez du prêtre
avec confiance. Il est le signe vivant de la confiance du Christ : "
Tu es un enfant de Dieu ! Ne doute pas de toi-même ! Ne te referme pas sur
toi-même, sur tes doutes, sur tes rancunes, sur tes violences ! Ouvre-toi
à la miséricorde de Dieu ! " Et c'est comme une nouvelle
naissance, comme un nouveau commencement, et la joie de se savoir aimé
de Dieu donne ou rend le désir d'en témoigner !
avec
l'aimable autorisation de Mgr Dagens retour
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