L'incarnation
réclame des corps. En premier lieu, celui d'une jeune juive. Et on l'appellera
" la Vierge ". Dieu manifeste par Marie que la vraie virginité
est dans l'être humain la plénitude de l'amour. " Est vierge
celle qui épouse Dieu" (saint Ambroise) Dieu a épousé
Marie comme aucun corps jamais ne l'a été, corps épousé
par l'amour même. La merveille n'est pas tant qu'elle demeura vierge
en devenant mère mais qu'elle fut tellement vierge, tellement remplie de
Dieu qu'elle devint sa Mère.
La démarche du
religieux n'exclut pas plus la vie du corps que le mariage la vie de l'âme.
Les deux vocations pour s'épanouir mobilisent l'être total, corps
et âme. Pas plus que l'homme n'est seulement ou chair ou esprit, sa plénitude
n'est seulement ou charnelle ou spirituelle.
La chair n'est pas en soi
plus mauvaise que l'esprit. Mais l'un comme l'autre se trouvent marqués
de faiblesse, de tiraillement, de désordre. C'est toute la nature, chair
et esprit indivisible ment, qui depuis le péché est demeurée
blessée. Autant voit-on l'esprit vouloir corrompre la chair que la chair
l'esprit. Et l'on ne saurait dire si, dans ce qu'on appelle "la tentation
de la chair " , c'est celle-ci plutôt que l'esprit qui se trouve la
première sollicitée.
L'homme chaste affronte en lui ce désordre.
En tout état de vie, sa force d'homme, sa maturité, sa dignité
se traduiront dans la soumission ordonnée de sa chair de moins en moins
faible à son esprit de plus en plus purifié. La chasteté
exprime le consentement effectif de l'homme, sa reconnaissance absolue du souverain
domaine du Seigneur sur lui. Et plus elle est parfaite, plus elle est significative.
Elle est chez l'homme le meilleur langage de son espérance, la preuve sensible
donnée à Dieu autant qu'aux hommes que son désir va au-delà
de ce monde, que son amour dans la foi transcende cette vie. Dans ce
monde qui s'idolâtre, la chasteté radicale du religieux comme du
prêtre se dresse en témoignage de la vraie richesse, en signe de
bonheur plénier, en promesse de l'éternelle joie. Elle éveille,
entraîne, aide tout homme de bonne volonté à dominer les appels
de la chair pour se soumettre à ceux de l'Esprit.
Car c'est un
fait remarquable que la première, la plus sublime, la plus pure des chastetés
se soit vécue, accomplie, épanouie au sein d'un couple, d'un foyer,
d'une famille. Marie et Joseph, comblés de Dieu dans ce fils qui est d'abord
le sien, se retrouvent l'un l'autre en lui dans une union parfaite. La sainte
famille montre et ouvre la voie à toute chasteté.
Qu'elle
soit religieuse, sacerdotale ou conjugale, la chasteté est toujours la
réponse libre et d'amour à l'appel que fait à l'homme l'Esprit
de Dieu pour qu'il se dépouille, se renonce, s'appauvrisse de lui-même
au profit de la vie en lui de cet Esprit même. L'homme chaste est un pauvre
qui a choisi Dieu.
La chasteté n'est pas mépris pour le
corps. Bien au contraire. La réalité corporelle est au centre de
la foi comme la source de la lumière : " Prenez et mangez; ceci est
mon corps ".
Et ce n'est pas seulement notre âme qui se nourrit
de l'eucharistie, comme un bon livre est une nourriture spirituelle. Le Christ
a voulu une communion corporelle de l'homme à lui en sorte que leurs êtres
mêmes pussent se rencontrer et se fondre l'un dans l'autre en totalité.
La chasteté n'est donc pas un corps qui se refuse mais qui se donne
plus qu'aucun corps. Elle exprime que la destination du corps est d'aimer Dieu
et d'être à lui. L'homme chaste voue son corps au Seigneur : il participe
au sacrifice des martyrs, c'est-à-dire à celui du Christ. Il faut
donner son corps à Dieu.
|