Tous
appelés à être transfiguréspar
le P.Michel HubautJésus transfiguré éclaire
son itinéraire pascal et le nôtreNous rêvons tous
d'un avenir heureux. Et finalement, à travers nos multiples quêtes
du bonheur, ce que nous recherchons tous n'est-ce pas de vivre, d'aimer et d'être
aimé toujours ? Même l'homme pécheur, le drogué ou
le débauché, ne sont-ils pas eux aussi en quête de bonheur
? Nos dérives sont souvent une recherche du bonheur qui se trompe de direction.
Mais ce rêve de bonheur se heurte à l'incontournable mur de la
mort.
Or le Dieu des chrétiens se révèle être
un Père qui appelle chacun de nous par son nom pour nous partager la plénitude
de sa vie et de son amour. Le Dieu de Jésus Christ voit grand et loin pour
l'homme. Dieu n'est donc pas un concurrent à ma liberté, mais une
puissance d'amour qui me construit, me structure, me libère, m'accomplit.
Un Amour infini qui personnalise l'homme, humanise l'homme et divinise l'homme.
Depuis
le jaillissement des premières étoiles, toute la création
est orientée par l'Esprit vers la divinisation de l'homme, sa résurrection
dans la lumière de Dieu. Tel est son Dessein d'amour. Et si Jésus
s'incarne ce n'est pas pour s'enfermer dans nos limites humaines mais justement
pour ouvrir notre horizon sur la lumière du Royaume, la Vie éternelle.
Ceci dit, si la résurrection ouvre une formidable espérance,
l'expression elle-même semble un peu vague pour nos contemporains. C'est
pourquoi, la proclamation de cet événement doit être éclairé
par un autre approche, plus imagée, plus évocatrice, celle de la
"transfiguration ". De fait, le récit évangélique
qui nous révèle le mieux notre future identité est celui
de la transfiguration du Christ. Le contexte de ce récit, au cur
de nos Évangiles synoptiques, est très éclairant. Il se situe
immédiatement après la première annonce par Jésus
de sa passion, la réaction scandalisée de Pierre et l'invitation
de Jésus à le " suivre " sur ce chemin qui passe par la
mort pour entrer dans le Royaume de son Père. Les disciples sont profondément
choqués par ces propos ! Mais pour vaincre les forces du mal et la mort
qui nous asservissent, Jésus devait s'identifier à l'homme, assumer
nos souffrances et notre mort pour en faire jaillir la vraie vie. C'est pourquoi,
au cours de cette "montée" vers Jérusalem, vers sa Pâque,
il va tenter de faire entrevoir à trois de ses disciples, qui représentent
l'ensemble des apôtres et chacun de nous, qu'il n'y a pas d'autre chemin
que celui où il nous précède pour "passer" de la
mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Ce
récit éclaire la passion de Jésus qui n'est pas un tragique
accident de parcours mais une étape incontournable. "Jésus
fut transfiguré devant eux". La blancheur lumineuse dont il resplendit
est une anticipation de la gloire dont il rayonnera, ressuscité, au matin
de Pâque. Et sur cette montagne de la Transfiguration, Dieu, son Père
nous dit: "Écoutez-le ! Suivez-le ! Le chemin de mon Fils bien-aimé,
qui vous scandalise, ne débouche pas sur l'impasse de la mort mais dans
la vraie vie, ma vie éternelle.De l'homme
biologique à l'homme spirituelC'est donc dans la lumière
du Christ transfiguré que nous découvrons combien notre vie est
une lente montée vers la lumière. Jésus n'a- t-il pas dit
à Nicodème: "En vérité, en vérité,
je te le dis, à moins de renaître d'en Haut
de renaître
d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né
de la chair et chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit" (Jn.3,
5)
Selon Jésus, il y a bien deux naissances. La première,
biologique, que nous avons reçue de nos parents. Et une seconde naissance,
"spirituelle" : "Il vous faut renaître d'en -haut
d'eau
et d'Esprit " Cette renaissance spirituelle est un don de l'Esprit. Elle
est à la mesure de notre disponibilité intérieure au travail
de l'Esprit Saint en nous. C'est la longue histoire de notre conversion. Comme
pour le papillon qui sort lentement de sa chrysalide pour déployer ses
ailes dans la lumière, il faut bien du temps pour que chacun de nous émerge
de sa gangue de terre, de son moi biologique. Il faut bien du temps pour apprendre
à sortir de soi-même, à dépasser nos pulsions instinctives,
animales, à dépasser ce "moi" égoïste centré
sur lui-même, pour devenir, peu à peu, un fils de Dieu, un enfant
de lumière libéré par l'amour. C'est jour après
jour, que nous sommes appelés à choisir entre l'Amour qui nous construit,
nous transfigure et l'enfermement destructeur sur nous-mêmes. Le péché
c'est toujours de l'amour enfoui, de l'amour blessé ou tué.
Notre
transfiguration commence dans ce dynamisme de l'amour vécu qui "humanise
" notre moi biologique, charnel, nous fait "passer" - et c'est
cela vivre sa pâque - du moi possessif, égoïste au don de soi.
La Résurrection n'est pas ce qui arrive à la fin des temps, c'est
une victoire quotidienne de l'amour sur les forces de mort. Notre résurrection-
transfiguration n'est pas un événement qui arrive après notre
mort biologique, mais une réalité spirituelle qui commence dès
maintenant, car la puissance de la résurrection du Christ agit en chacun
de nous. L'Au-delà, la Vie éternelle, le Ciel n'est pas
dans les nuages, mais est une Réalité déjà présente
au plus profond de notre être. Notre destinée future se joue dans
notre accueil quotidien de cet Esprit d'amour. Notre résurrection, notre
divinisation, notre transfiguration se réalise, jour après jour.
Chacun de nos actes, chacune de nos options, de nos décisions est un mystère
de mort à soi-même et de résurrection. Un sourire, un geste
de solidarité, un engagement pour la justice, un pardon accordé
ou reçu, une prière
tout peut devenir source de croissance
dans l'amour, de transfiguration. Celui qui se dépasse pour aimer devient
immortel, puisque l'amour est l'Être même de Dieu vivant. C'est chaque
jour, que nous façonnons notre visage d'éternité. C'est chaque
jour que nous "immortalisons" note vie. C'est chaque jour que nous ressuscitons
un peu plus, que nous devenons des vivants. Tout amour vécu est une promesse
d'immortalité Cet "amour est plus puissant que tous les déterminismes
humains. Jésus a dit : "Celui qui croit en moi" - et qui donc
essaie d'aimer comme moi - a la vie éternelle", non pas "aura"
la vie éternelle mais "a" la vie éternelle". C'est
un présent. Voilà la nouvelle naissance à laquelle le
Christ nous invite pour atteindre notre maturité humaine et spirituelle.
Notre mort ne sera pas un anéantissement, mais un mûrissement, un
accomplissement, un passage, une "Pâque" vers notre véritable
identité: notre transfiguration pour la Vie éternelle. L'Esprit
-Saint, source et artisan de notre transfigurationC'est le
Père qui, au matin de Pâques, par la puissance créatrice de
l'Esprit Saint, a ressuscité Jésus. C'est ce même Esprit Saint,
don du Christ ressuscité, qui est la source et le dynamisme de notre "renaissance
spirituelle" C'est l'Esprit, force spirituelle de l'amour divin, qui transfigurera
notre corps mortel en "corps spirituel", comme l'écrit saint
Paul : "Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux d'où
nous attendons ardemment comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera
notre corps de misère pour le rendre semblable à son corps de gloire,
avec la force qui le rend capable de se soumettre toutes choses" ( Ph
3, 21).
Pour parler de cette "transformation spirituelle", Paul
utilise le même mot grec, "métamorphose", employé
par nos évangélistes pour décrire la transfiguration du Christ
sur la montagne. Et il n'hésite pas à écrire :` "Et
nous qui reflétons tous la gloire du Seigneur, nous sommes progressivement
transfigurés (métamorphosés) en son image, avec une gloire
de plus en plus grande, par l'action du Seigneur qui est Esprit" ( 2
Co.3,18).
Et c'est bien l'Esprit Saint qui témoigne en nous de
cette lente métamorphose ou renaissance : "L'Esprit en personne
se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu,
et donc héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ" (Rm 8,
16-17). "La preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a
envoyé dans nos curs l'Esprit de son Fils qui crie Abbé, Père
! Aussi n'es-tu plus esclave, mais fils : fils, et donc héritier de Dieu"
(Ga 4, 6 -7).
Oui, notre avenir est d'être, comme Jésus,
comme Marie sa mère, transfiguré, "glorifié". "Puisse
le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, illuminer
les yeux de votre cur pour vous faire voir quelle espérance vous
ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi
les saints" (Eph.1,18).
On peut donc dire que toute l'Histoire
du salut, animée par l'Esprit de Dieu, est orientée vers la résurrection
- transfiguration de l'homme et même de toute la création. On ne
peut pas séparer ces deux articles de la foi chrétienne : "Je
crois en l'Esprit Saint" et "j'attends la résurrection des morts
et la vie du monde à venir". Les auteurs du Nouveau Testament associent
toujours résurrection et Esprit Saint. Saint. Paul invite souvent ses frères
à faire confiance en cette puissance créatrice de l'Esprit, semence
de vie nouvelle et éternelle, qui habite déjà en nous. Une
transfiguration qui concerne tout l'hommeNotre avenir est
d'être transfiguré. Qu'est - ce à dire ? Sur la montagne
de la Transfiguration, Jésus transfiguré, n'est pas devenu un pur
esprit, une "âme" isolée de son corps. Jésus est
transfiguré (métamorphosé) et non " désincarné
". Son visage et ses vêtements resplendissants de la lumière
divine signifient que cette transfiguration concerne tout l'homme, corps et âme.
Il s'agit bien d'une véritable transformation de toute la personne du Christ,
y compris son corps et donc la matière qui devient lumineuse. Il est
le premier-Né de notre humanité renouvelée, transfigurée
par les énergies de l'Esprit Saint. D'ailleurs, les récits évangéliques
des "manifestations" de Jésus ressuscité attestent que
le Christ de Pâque n'est pas simplement une "âme", mais
que c'est bien toute son humanité qui a été transformée.
Il a conservé une dimension corporelle, même si les modalités
de ce "corps spirituel" ou "corps de gloire", pour reprendre
les expressions de saint Paul, nous échappent.
Dans la tradition
de nos frères orthodoxes, les icônes du Christ, de Marie et des saints
ne représentent pas des "âmes" ou de "purs esprits"
mais bien des corps lumineux, transfigurés, intériorisés
par les énergies transformantes de l'Esprit. La dimension corporelle y
est bien attestée. Comme le proclame la préface de la messe des
défunts: "la vie n'est pas détruite, elle est transformée."
Sur
le Thabor, la beauté de Jésus transfiguré, irradié
de lumière, ne nous révèle pas seulement son identité
de Fils de Dieu, voilée par son humanité, mais aussi notre propre
identité future. Jésus transfiguré est l'Icône de l'homme
accompli, libéré, humanisé, divinisé. Jésus
a pris visage d'homme pour nous révéler notre visage d'éternité.
Et la Vierge Marie, par la grâce de son Fils, est déjà devenue
ce que nous serons. C'est ainsi que la petite Bernadette Soubirous a pu contempler,
émerveillée, à la grotte de Lourdes, la beauté de
la Mère de Jésus qui lui est apparue transfigurée. Le
Christ transfiguré devrait nous libérer de toute forme de dualisme
platonicien. Jésus ne s'est pas incarné, n'a pas assumé notre
matière, pour redevenir un pur esprit, sinon pourquoi ce détour
par notre condition humaine ? "Puisque tous les hommes ont tous
une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition
humaine
Car ceux qu'il vient aider, ce ne sont pas des anges, ce sont des
fils d'Abraham. Il lui fallait donc devenir en tout semblable à ses frères"
(He 2,14-16). On peut d'ailleurs discerner, dans la vie de nombreux saints,
cette mystérieuse transfiguration progressive de tout leur être.
Ils sont tellement habités par l'amour divin, la lumière transformante
de l'Esprit, que leur corps lui-même en est comme déjà irradié
de l'intérieur. "Habité" par le feu de l'Esprit, ils rayonnent
d'une Présence intérieure sans le savoir. Dans la tradition orientale,
on peut citer le bienheureux Séraphin de Sarov que ses disciples, au cours
de ses entretiens, ne pouvaient plus regarder tellement son visage était
devenu lumineux. Mais nous pouvons relever le même phénomène
dans l'Occident chrétien où certains saints sont devenus de véritables
icônes : Par exemple, un Père de Foucauld. Il suffit de comparer
son visage, alors qu'il était encore en garnison de Senlis, jeune aristocrate
livré à toutes les passions, avec celui de l'ermite de Tamanrasset
qui est devenu lumineux. Son visage intériorisé, ascétique
semble comme irradié de l'intérieur par cette forte et douce lumière
qu'il a contemplée des nuits entières et qui l'habite. Le visage
de ces saints rayonnants, le saint curé d'Ars, sainte Thérèse
de Lisieux, et bien d'autres illustrent cette mystérieuse lumière
transformante qui préfigure déjà notre corps de transfiguré.
Mystérieuse transformation de la matière elle-même "spiritualisée"
- et non désincarnée !- Beauté du corps humain qui réfracte
déjà la Présence transformante de Dieu et renvoie à
la Beauté du corps transfiguré du Christ. Pas
de vie sans croissance, pas de croissance sans transformation, pas de transformation
sans mortSi Jésus n'a pas fait l'économie de
sa passion, assumant nos souffrances et notre mort, avant le triomphe du matin
de Pâque, et nous invite à le suivre, c'est que, désormais,
c'est le seul chemin possible de notre libération. Dans notre condition
actuelle, blessés par le mal, nous ne pouvons pas passer des ténèbres
à la lumière, de la défiguration à la transfiguration,
en dehors de cet itinéraire pascal où Jésus nous précède.
Le récit de la transfiguration nous invite à ne jamais séparer
la théologie de la croix et la théologie de la gloire. Dans
la métamorphose du papillon, il y a rupture et continuité, car le
papillon n'est pas une grosse chenille qui aurait grossi démesurément.
Ce mystère de rupture et de continuité est souvent évoqué
par St Paul à partir du cycle de la nature. (1 Co.15) Toute semence doit
mourir pour donner une plante nouvelle. C'est ainsi que Dieu, à notre
mort biologique, par un nouvel acte créateur, fera surgir l'homme nouveau,
glorieux, en gestation au plus intime de notre être. Mais, ce saut
dans la foi, décisif, de la mort à la vie, nous fait peur. Nous
voudrions garder, dans la vie future, ce "corps" terrestre qui nous
est familier; mais comme il est irrémédiablement marqué par
le drame du péché, il n'est plus adapté à notre ultime
transfiguration dans l'au-delà. Nous sommes contraints de nous "dévêtir"
de ce corps physique, nous devons quitter cette "demeure terrestre"
provisoire pour une nouvelle "habitation céleste". "Aussi
gémissons-nous dans cet état, avec le désir ardent de revêtir
par-dessus l'autre notre habitation céleste
Oui, nous qui sommes dans
cette tente, nous gémissons, accablés; nous ne voudrions pas en
effet nous dévêtir, mais revêtir un vêtement sur l'autre...
Et Celui qui nous a formés pour cet avenir, c'est Dieu, qui nous a donné
les prémices de l'Esprit " (2 Cor.5, 2 - 5).
Notre
résurrection- transfiguration ne sera pas le simple prolongement de notre
vie terrestre. Elle relèvera d'un acte créateur gratuit, un don
de Dieu. Si notre vieil homme, biologique se dégrade, l'homme nouveau façonné
par l' Esprit se renouvelle, se transfigure, de jour en jour. "C'est
pourquoi nous ne perdons pas courage. Au contraire, même si notre homme
extérieur va vers sa destruction, notre homme intérieur se renouvelle
de jour en jour. Car nos détresses d'un moment sont légères
par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu'elles nous préparent.
Notre objectif n'est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas; ce qui se
voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. Car nous le
savons, si notre demeure terrestre qui n'est qu'une tente provisoire se détruit,
nous avons une maison qui est l'uvre de Dieu, une demeure éternelle
qui n'est pas faite de main d'homme, et qui est dans les cieux." ( 2
Co.4,16s)
Le mystère de notre renaissance spirituelle, de
notre lente transfiguration est tout simplement l'aventure de la sainteté
qui n'est pas facultative, mais le seul chemin de notre véritable humanisation.
"Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait "
dit Jésus. Or la perfection de Dieu est celle de l'amour. Devenir un saint,
c'est donc aimer plus aujourd'hui et davantage demain. Voilà la seule aventure
digne de l'homme. Et cette sainteté n'est pas réservée aux
moines ou aux saints dans les niches des cathédrales, elle est l'identité
même de tout homme, son horizon, son bonheur, son véritable accomplissement.
Notre sainteté, et notre transfiguration qui en est la manifestation,
n'est pas le résultat d'un coup de baguette magique, mais le fruit d'une
longue maturation humaine et spirituelle au cours de laquelle chacun de nous est
appelé à se laisser purifier et unifier par l'amour. "Il
vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil
homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes pour vous
renouveler par une transformation, une transfiguration spirituelle (métamorphose)
et revêtir l'homme nouveau" (Ep.4, 22-23). L'ascèse chrétienne
n'est pas un effort pour se dégager de la matière, mais un effort
pour permettre à l'Esprit du Christ de la "spiritualiser. Et quand
Jésus nous invite à le suivre sur la route de Pâque, à
"porter notre croix" ce n'est pas pour faire du christianisme une morale
doloriste mais une morale de dépassement. Sortir de soi, de notre moi égoïste,
chaque matin, pour aimer, c'est crucifiant ! C'est cela porter sa croix. Pas de
croissance sans transformation. Pas de transformation sans mort. La
Pâque de l'humanité et de toute la création Dans
la Bible, le Dessein de Dieu se révèle toujours universel. La Terre
promise à Abraham deviendra, avec le Christ, le " Royaume de Dieu
" ou encore " la Fraternité universelle ". Et quand Dieu
nous appelle à partager sa vie ce n'est pas en tant qu'individu isolé
mais toujours comme membre d'un peuple. Le Christ, ressuscité récapitule
dans son corps transfiguré tout l'univers crée. Son corps glorieux
constitue déjà les prémices des "cieux nouveaux et de
la terre nouvelle". Premier - Né de la création renouvelée. Notre
résurrection ne peut donc pas être une aventure purement individuelle.
Notre "corps de résurrection" ne peut être envisagé
isolément, en dehors de ses relations avec l'ensemble de cet univers. Nous
devons retrouver le souffle cosmique de la foi et de l'espérance chrétiennes
dont témoignent déjà les fresques grandioses des hymnes aux
Éphésiens et aux Colossiens. " Il nous a choisis en
Christ, dès avant la création du monde, pour être...en sa
présence, dans l'amour ! " Il nous a révélé
son Dessein bienveillant qu'il réaliserait quand les temps seraient accomplis,
celui de "réunir l'univers entier, les êtres célestes
comme les terrestres dans le Christ" (Eph.1,1s). Toute la longue gestation
cosmique qui précède l'explosion de la vie, l'évolution des
vivants jusqu'à l'homme debout, tout est orienté vers l'incarnation,
la résurrection, la transfiguration du Christ, l'Homme parfait. "Il
est l'image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature,
car en lui tout a été créé, dans les cieux
et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles... Tout
est créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et
tout subsiste en lui... Il est le commencement, Premier -Né d'entre
les morts." (Col.1,15-20).
Si dans le Christ ressuscité,
le renouvellement de notre univers est déjà accompli, sur le versant
historique des hommes, il est encore en gestation. Saint Paul, pour exprimer ce
mystère de l'univers en gestation, solidaire de l'aventure humaine, n'hésite
pas à employer le vocabulaire réaliste de l'accouchement. La création
est " en travail d'enfantement." " Toute la création,
en attente, aspire avec impatience à la manifestation de la gloire des
fils de Dieu. Si elle fut assujettie à la vanité...elle garde l'espérance
d'être, elle aussi, libérée de la servitude de la corruption,
pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de
Dieu. Nous le savons en effet la création tout entière gémit
maintenant encore en travail d'enfantement. Elle n'est pas seule: nous aussi,
qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement
dans l'attente de l'adoption, la délivrance pour notre corps "
(Rm.8, 16-23).
La transfiguration de l'homme est attendue par toute
la création. La libération de la personne humaine, à la fois
matérielle et spirituelle, est première, et elle entraînera
celle de tout l'univers créé. Dieu a voulu faire de l'homme son
collaborateur le plus direct pour parfaire un Univers encore inachevé.
Et c'est en accueillant, jour après jour, l'Esprit, que l'homme humanise
progressivement son propre corps, ce monde matériel, et prépare
ainsi sa transfiguration finale par le Christ. Nous avons à humaniser par
les forces de l'amour divin ce que Dieu va transfigurer.
Dieu n'est
pas une puissance magique. C'est une puissance d'amour qui n'est efficace que
si l'homme en est le récepteur. Là où il n'y a pas d'amour,
Dieu n'agit pas. Il est toujours présent au dedans de l'homme pour agir
encore faut-il que l'homme rejoigne ce dedans de lui-même. Dieu ne peut
agir que selon le degré de notre ouverture à son Esprit. Ce
n'est pas nous qui créons Dieu, mais c'est nous qui le révélons.
Car Dieu ne peut entrer dans notre histoire qu'à travers nous. Si l'homme
ne se laisse pas animer par l'Esprit, l'Amour créateur, il peut s'auto-détruire
et entraîner avec lui l'univers dans sa ruine (une catastrophe nucléaire
à l'échelle mondiale n'est plus un mythe !). Un monde qui ne serait
pas au service de la croissance de l'homme spirituel, mais qui serait asservi
par notre égoïsme collectif, peut être entraîné
dans notre auto-destruction
L'histoire de notre humanité est
une longue "ascension" vers le Christ Total où habite "corporellement
toute la Plénitude de la Divinité. " Le chrétien proclame
dans son credo: "Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre"
Cette création est-elle une histoire du passé ou une genèse
permanente ?
" Dieu m'invente chaque jour avec moi-même
" avec l'aimable autorisation
de l'auteurP.S Le Père Michel Hubaut, franciscain,
est conférencier et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité
et de théologie.
|