Dieu
n'est pas plus grand que sa Bonté. Passer toute la vie, jour après
jour, à écarquiller les yeux, exciter l'esprit à recevoir
plus de lumière possible, ouvrir tout largement son cur, afin de
découvrir de plus en plus cette Bonté gigantesque : voilà
l'objectif.
Cette découverte est la base de la sainteté.
Si l'on n'est pas un monstre, on se laisse toucher par la Bonté de Dieu.
On n'y résiste pas. Et sa grandeur est telle, sa pression sur le cur
ébloui de l'homme si exigeante et douce, que son contrecoup naturel est
la sainteté. La sainteté n'est pas un prodige.
Elle est une question de sincérité, de simple proportion, d'honnêteté
dans un dialogue. Elle est une réponse, un simple acquiescement à
un état de fait reconnu : l'immense Bonté de Dieu. Fiat ! Il suffit
dans tous les cas d'un signe de la tête, et de l'adhésion simultanée
de tout l'être à l'évidence. " Comment rendrai-je au
Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? " (Ps 115).
Mais la Bonté
de Dieu nous échappe souvent. Nous vivons en aveugles et cela est dur.
Si nous tenions les yeux bien ouverts, et fixement, sur ce qu'il faut, la vertu
ne serait jamais amère, jamais violente. Le joug n'est suave qu'à
cette condition.
Pourquoi le publicain prie-t-il tout
à fait bien, et le pharisien tout à fait mal ? Parce que l'un est
humble tandis que l'autre est orgueilleux. Sans doute ! Mais pourquoi l'un est-il
humble tandis que l'autre est orgueilleux ? Il n'y a qu'une explication : le publicain
a découvert planant sur lui, l'enveloppant, l'énorme, l'écrasante
BONTÉ de Dieu. Dieu, c'est l'offensé qui pardonne.
Ce n'est point du tout par un jeu de combinaisons ou de rebondissements que le
péché offense Dieu, mais directement. Le péché ne
produit point l'effet de le blesser, il est sa blessure même. Le mal n'est
scandaleux que parce qu'il offense Dieu. L'homme n'a besoin essentiellement pour
bien vivre que de cette sensibilité.
La blessure de Dieu est terrible,
inqualifiable, mais le pardon démesuré, infini. Qui ne cherche Dieu
dans ces deux pôles de sa blessure et de sa miséricorde ne le trouvera
jamais. La vie du saint est ballottée de l'une à l'autre, et ce
mouvement jette tout son être dans un redoublement d'affection pour son
Dieu.
La divine Bonté se manifeste surtout par ce monde du Pardon
qui est le monde du Christ. Nous croyons volontiers que Dieu est assez puissant
pour nous donner toutes choses, mais nous ne savons pas lui demander son bienfait
suprême, le seul dont dépende notre éternité, son pardon.
Et ce don suprême, nous n'avons pas à l'arracher du cur divin.
Il nous l'a tout entier livré dans le pouvoir des prêtres : "
Je vous laisse ma paix " (Jn 14, 27). Dieu ne détourne
pas la tête de nos péchés. Au contraire il nous supplie d'accepter
le surcroît d'amour que nous propose son pardon. Le péché,
en définitive, n'est que l'occasion de ce surcroît d'amour entre
l'homme et Dieu.
Le sang du Christ cicatrisant nos péchés
laisse à leur place sur notre âme les marques éblouissantes
de ses pardons. Le Christ veut transformer tout le mal du monde en autant d'amour
et de gloire de Dieu.
Vouloir se servir pour sa plus grande gloire de
la misère même de l'homme, telle est la Bonté de Dieu.
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