3.
Discours d'accueil de la coordinatrice des oblats italiens.
Elle
évoque les valeurs bénédictines. Donner tout pour suivre
le Christ, donner tout pour permettre à l'autre d'entrer dans le royaume
de Dieu. C'est un devoir pour tous les chrétiens, d'entrer en dialogue
avec d'autres religions. La prière contemplative est une forme de communication
au sein de la Sainte Trinité. La patience bénédictine permet
d'accepter l'autre tel qu'il est. L'unité dans la multiplicité de
ce congrès représente bien l'attachement de chaque oblat à
son monastère qui est sa patrie monastique. Nous avons ici un lieu privilégié
pour se rencontrer, pour échanger nos opinions et pour écouter,
sans chercher la perfection. 4. La liturgie
: l'Eucharistie et l'Office.Nous vivons un réel sentiment
de "catholicité" lors de l'Eucharistie célébrée
chaque jour dans une langue différente ainsi que pour les Laudes, Vêpres
et Complies. Il y a Adoration du Saint Sacrement presque tous les soirs et, tous,
nous entonnons le "Tantum Ergo". Les délégations de langue
anglaise (les anglais surtout) et allemandes ont bien préparé les
célébrations. Ils chantent régulièrement, y compris
le grégorien, dans leurs paroisses d'origine. Jennifer Smith, rattachée
à Ealing Monastry, professeur de chant dirige les répétitions
du groupe UK. Le Centre Salesianum dispose d'une chapelle sobre et très
lumineuse.
5. Les témoignages
d'oblats.
Le Vietnam
Dans
notre environnement communiste les catholiques sont poursuivis. Le mot "
Oblat ", est un mot nouveau et pas habituel dans notre langue. L'oblat est
pour nous un homme qui se sacrifie lui-même à DIEU. Nous appartenons
à un monastère de Saigon (Hochimin - Ville). Nous avons une rencontre
d'une journée par mois (un samedi) au monastère où nous travaillons
sur la règle. Nous sommes 90 oblats. Nous avons obtenu une maison en ville
pour les oblats où nous nous retirons pour prier et pour être dans
le silence, en partage étroit avec les moines. USA
L'engagement
d'oblat m'a conduit à un changement de vie. Je me suis engagé personnellement
au service d'autres oblats. Nous nous retrouvons pour la Lectio Divina et pour
des exercices spirituels. Nous essayons de nous mettre au service de Dieu comme
les moines. Il n'est pas toujours évident de rejoindre nos monastères
à cause des distances. Nous nous rencontrons en petits groupes, tout en
restant proches de nos monastères individuellement. Brésil
J'étais
attiré par la beauté liturgique du monastère Sant Bénédict
à Olinda. Je suis oblat, donc également missionnaire. Avec les oblats
nous formons une famille. Nous sommes dans le monde et nous y vivons. Nous prenons
nos forces dans le monastère. Nous exerçons nos métiers selon
des valeurs chrétiennes avec le but de créer des relations différentes
sur nos lieux de travail, et de travailler autrement. Mais ce n'est pas moi qui
suis acteur principal, mais Dieu. Il y a un élargissement au delà
du monastère, mais il est important de se réunir autour du monastère
et de son abbé comme groupe. Nous organisons des rencontres avec les oblats
d'autres monastères et avec toutes les personnes qui se donnent au service
des hommes, pour faire connaître la vie bénédictine. Il est
important pour nous de connaître les oblats d'autres continents, afin que
nous puissions transmettre la flamme qui vient de nos curs. Nous apportons
notre soutien aux oblats âgés et malades, en nous demandant qui sera
le prochain dans ce cas ? Nous pouvons apprendre beaucoup des autres oblats. Nous
participons à la préparation de la confirmation des enfants. NigeriaNous
sommes venus au nombre de six oblats. Nous nous rencontrons souvent entre nous
et au monastère. Nous sommes très liés et le monastère
nous donne beaucoup de force. Être oblat dans notre pays veut dire aussi
une séparation profonde avec notre tradition. Nous devons nous impliquer
totalement et offrir notre vie au service de Dieu. Nous nous occupons des enfants
et des personnes dans le besoin. Nous organisons des réunions pour les
chants liturgiques et les prières.
Synthèse
du Père Henry O'Shea.
Nos chemins sont différents,
chacun a le sien. Mais chacun de nous se construit une cuirasse! Il s'agit de
la percer pour que la grâce de Dieu s'infuse par cette " brèche
". Premièrement prenons conscience de la brèche ouverte, ensuite
nous pourrons nous laisser guérir. Ce qu'il y a de commun avec les témoignages
(et échanges avec les délégués dans l'auditorium)
peut se résumer par les points suivants : le service aux autres, la Lectio
Divina, et surtout servir Dieu : " Non pas à nous mais à Ton
Nom donne l'Honneur ". Restons dans le concret : grâce, service, ouverture.
Nous pouvons purifier nos motivations par la prière avec le Christ comme
fondement. 6. Les conférences thématiques
6.1 Conférence du P. Lawrence
Freeman OSB " l'Oblat contemplatif aujourd'hui ". Qu'est
ce que la contemplation ? Comment l'atteindre ? Il faut se reposer les questions
à l'origine de nos oblatures. Pourquoi suis-je devenu(e) oblat(e) ? Quelles
sont mes motivations ? Comment vivons-nous notre oblature, en tant que parents,
au travail, alors qu'aujourd'hui tant de monastères ferment. Toute la règle
n'est qu'une petite règle. Elle nous permet de trouver notre désert
et de travailler dans notre solitude, de progresser dans notre relation intime.
Mais il y a la vie monastique. Il y a des dimensions multiples dans la vie monastique
; l'oblature en est une. Je voudrais vous montrer un chemin pratique : la prière
silencieuse. Les bénédictins ne sont pas des moines mendiants. Il
y a fusion entre contemplation et vie active. Le sens de la contemplation est
plus profond, mais la vie n'est pas seulement contemplative. Il nous faut intégrer
" Marthe et Marie " comme les deux zones du cerveau : action et contemplation
sont complémentaires. La vie monastique a évolué au cours
du temps mais le moine reste comme un arbre, planté près de l'eau
pour que les oiseaux puissent y construire leurs nids. Beaucoup pensent que le
christianisme n'a plus grand-chose à proposer, cependant les monastères
sont encore là, comme une exception : rayonnement de paix, rayonnement
de l'amour fraternel et de l'Amour du Père, alternative à l'agitation
quotidienne. Le film " Le Grand Silence " a permis à beaucoup
de vivre du vrai silence dans les salles de cinéma et de redécouvrir
la contemplation. Il y a un désir de redécouvrir la contemplation
dans l'Église Catholique. L'accès à une vie contemplative
était considéré comme réservé aux monastères.
Il peut être élargi par les oblats. Les communautés monastiques
représentent la simplicité. Depuis Vatican II les papes ont demandé
que se construisent des communautés monastiques. De nouvelles formes de
vie monacale apparaissent, les monastères sans murs. Partager ensemble
des moments de silence est un grand exercice d'amour en commun. Dans la vie
monastique existe le désir de chercher Dieu jusqu'à l'ultime limite,
à " la périphérie " de la société.
(" Aller dans le désert "). C'est bien avec cette implication
que là, la vie monastique s'épanouit. Mais cela est un chemin difficile,
exigeant. Justement la faiblesse spirituelle de la société d'aujourd'hui
correspond à un manque de contemplation, à un manque d'aller dans
la profondeur. Cela s'obtient au prix du renoncement, c'est justement en acceptant
la pauvreté et en se situant à la " marge " de la société
que la communauté monastique permet aux hommes d'accéder à
cette profondeur. Saint Benoît met l'accent sur la paix. La Paix n'est
pas seulement un sentiment de sécurité. Elle est le repos du cur
dans " le désert ". Elle permet l'ouverture du cur. La
Règle conduit à la contemplation. Il ne faut pourtant pas s'attendre
à un cheminement rapide. Il n'y a pas de raccourcis pour l'OPUS DEI. La
Règle de Saint Benoît n'est pas seulement une règle pour débutants.
Elle nous conduit vers la condition essentielle pour la prière, elle est
une aide pour accéder à la fenêtre de la vie intérieure.
Elle s'adresse à ceux qui veulent pénétrer plus loin dans
la plénitude de la vie. John Main (OSB) moine bénédictin
anglais, est un précurseur de la prière silencieuse. "Aujourd'hui
nous devons prendre position et nous questionner. Comment prier ? Comment être
conscient que toutes les prières relient les hommes en harmonie. Il ne
s'agit pas de " mots à mots ", prononcés pour les célébrations.
La prière est comme un vide, un passage, une brèche,
La question
est comment revenir à la source pour puiser de quoi combler la brèche
?". Nous avons perdu la pratique de la prière du mot unique : -
Afin de pénétrer dans la pauvreté dans l'esprit - Pour
une union plus profonde avec la prière de Jésus - Pour la purification
du cur - Pour méditer dans le simple silence
Comment cette
prière peut-elle s'accorder avec les célébrations, sachant
que la " prière du désert " ne remplace pas la Liturgie
? En 2007 la communauté des oblats a obtenu le statut canonique. Les
communautés laïques favorisent une attitude très profonde pour
la prière. Elles peuvent devenir un début de " monastère
sans murs ". Dans la prière il n'y a pas de différence entre
hommes et femmes, moines et moniales. Il n'y a qu'égalité dans la
différence. Les monastères se doivent d'être ouverts. Ils
peuvent créer des espaces nouveaux pour la vie contemplative. Les oblats
peuvent ainsi y contribuer en reprenant cette forme de prière dans leur
vie. Ainsi leur action sera amplifiée par la contemplation. L'appel à
la vie contemplative est universel. Cette dimension dans l'homme est sous-estimée
à cause de la volonté de réussir la vie active. But
de la vie contemplative selon Cassien:
- Prier sans relâche, être
dans la simplicité radicale, - La conscience contemplative est porteuse
de lumière - L'oblat est appelé à chercher Dieu et la
paix - Ora et labora - Toute prière est un exercice de concentration -
Le travail, c'est bien plus que de gagner de l'argent - Pour co-créer
le monde et réaliser la paix, il faut atteindre le cur du Christ -
Moines et oblats sont là comme partenaires équivalents.
6.2
Mother Màire Hickey O.S.B, Abbess Emerita de Dinklage, Allemagne, "Relations
personnelles et Communion" Que signifie ce thème
pour les oblats ici à Rome ?
La règle de Saint Benoît
est un chemin concret. De simples individus peuvent être conduits vers la
vie en communauté. Il est bon d'encourager la croissance internationale
de la famille bénédictine. Il est bon de se rejoindre et de se coordonner,
oblats et monastères, mais chacun restant dans sa structure. L'Esprit nous
guide dans ce développement. Il est utile d'observer le chemin accompli
par les oblats et aussi la dynamique des autres congrès internationaux.
C'est un témoignage positif de l'unité des moines, de l'unité
des moniales et de celle des oblat(e)s. Saint-Benoît n'a pas créé
un ordre religieux, il a créé des monastères qui se sont
regroupés en congrégations. Cette organisation se poursuit avec
les oblats. Plus nous serons unis, plus nous pourrons dire quelque chose au monde
et nous y engager. Les oblats représentent par leur engagement un rayonnement
du monastère ! Ce congrès appelle les oblats à prendre
une participation active dans le monde et à prendre part à la croissance
d'un mouvement monastique au cur de l'Eglise. Ce congrès nous invite
également à prendre contact avec d'autres mouvements religieux.
" J'étais invitée à un rassemblement cuménique
en Suisse. Avec un moine bénédictin nous nous questionnions, comment
être productif durant le congrès en faisant ce que nous faisons chez
nous - prier - ? Nous avons donc demandé une salle et nous avons simplement
prié durant le congrès. Beaucoup se sont joints à nous et
nous étions heureux. Certains pensaient que prier n'était pas suffisant
; que c'était une forme de marginalisation. Mais l'espace de prière
a donné une bonne force au mouvement monastique au milieu des églises
chrétiennes et a stimulé le contact avec d'autres mouvements chrétiens
". Le mouvement monastique est un microcosme dans le macrocosme de l'Eglise.
Mais la vie contemplative a ses exigences. Elle nous demande d'aller dans le "
désert " pour notre famille quand elle va mal et d'espérer
le salut et de prier pour l'Église. Aller dans le désert afin de
chercher une nouvelle relation avec Dieu, de chercher Sa volonté, est un
appel à l'obéissance pour construire une communauté de paix
et de justice et pour servir le Créateur malgré toutes nos défaillances
et nos fautes. Rejeter Dieu a des conséquences néfastes sur l'ensemble
des membres de la communauté. La tradition monastique nous apprend à
devenir plus compréhensif envers les faiblesses de nos frères et
surs, et à partager nos propres faiblesses avec eux. Il ne faut pas
trop " gratter la rouille " car cela nous fragilise. Il n'y a pas de
chrétienté sans communauté, sinon " à qui pourrais-tu
laver les pieds ? ". Nous nous acheminons vers la maturité. A travers
l'échec croît la maturité et la connaissance de soi-même.
En apprenant à nous retirer nous apprenons à respecter la vulnérabilité
de l'autre.
6.3 Mgr Andrew Tanya -
Anan, s/Secrétaire du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux
" Mission et Dialogue interreligieux "
Le
dialogue dans la vie quotidienne.
Le dialogue est un partage ou
un échange " face à face ". Il faut souhaiter les rencontres
et vouloir vivre avec son voisin. Notre but est d'avancer ensemble, de se comprendre
et de partager. Adopter une attitude humble. Les habits et la présentation
extérieure ne sont pas importants. Le vrai dialogue doit assumer l'entreprise
de l'amour.
Le dialogue dans l'action.
Développer
des projets et des actions en commun. Se coordonner dans l'action. Etablir le
dialogue dans le respect et la patience. " Je crois ceci, vous croyez cela
et je le respecte ". En acceptant d'être seul devant Dieu, nous formons
notre capacité de cultiver avec l'autre des liens plus profonds et nous
serons en mesure d'éloigner les obstacles à une relation personnelle.
Les bonnes relations avec nos frères et surs se construisent dans
la patience. La vie en commun exige aussi de vivre avec celui qu'on ne veut pas.
Ne refusons pas de " travailler avec lui ensemble dans la vigne ", de
porter mutuellement nos faiblesses. Échangeons l'amour les uns avec les
autres. Toi et moi sommes le noyau de la vie ! La règle bénédictine
est sagesse pour une relation saine. C'est une aide importante pour grandir en
communauté. La colère, est un grand danger. Il est absolument
nécessaire de la maîtriser. Nous devons apprendre la patience et
l'amabilité, l'hospitalité et la vie sous l'autorité. Par
la Règle, Dieu nous conduit vers le Christ, il nous rassemble tous en une
communauté pour partager l'Amour du Christ. Il nous faut atteindre une
vue du monde orientée vers le Christ. Chaque religion a sa propre identité.
Il est nécessaire d'y voir clair dans les présuppositions de chaque
religion. C'est une nécessité vitale de parler autour d'une table
- longtemps - encore et encore - avancer ensemble pas à pas. L'échange
amoindrit les préjugés. Mais le plus important restera toujours
l'échange dans la vie quotidienne. Communication de cur à
cur.
Identité forte - dialogue fort du cur
On
reconnaît la force d'une identité par l'ouverture vers l'autre.
Nous
devons d'abord approfondir notre foi et notre identité, avant d'entrer
dans un échange interreligieux. Souvenons-nous, il y a tellement d'éléments
communs à toutes les religions. Pour reconnaître notre foi et notre
identité, cherchons d'abord au fond de nous mêmes cette réalité,
puis apprenons la vérité qui est la parole du Christ, apprenons
à nous y tenir et nous en enrichir réciproquement. N'imposons jamais
notre croyance, respectons toujours l'autre dans son identité.
Les
dangers du dialogue interreligieux.
Nous devons être conscients
de nos faiblesses dans le dialogue interreligieux. Faire attention au relativisme
: toutes les religions se ressemblent ; au syncrétisme : toutes les valeurs
se mélangent. Nous perdons notre spécificité et en fin de
compte nous ne croyons plus en rien. C'est pourquoi nous devons nous interroger
Savoir qui nous sommes et en quoi nous croyons. Si nous voulons suivre quelqu'un
il faut savoir aussi qui il est. Nous devons savoir qui est le Christ, puis nous
apprendrons qui est Mohamed, Bouddha
.. Le monde moderne présente
des défis qui concernent toutes les religions. Il devient nécessaire
d'exprimer notre Foi dans les langues et les mentalités du monde d'aujourd'hui.
La peur est une source de blocage. Dépasser la peur représente un
grand défi. La peur nous enferme dans nos familles religieuses. Echanger
nos expériences sur " comment vaincre la peur ". Le monde s'appuie
sur la peur alors que la religion s'appuie sur l'Amour. Marcher ensemble est notre
obligation. C'est le devoir des hommes de cultures différentes.
Le
dialogue est-il un risque pour notre identité ?
- Le dialogue
nous permet de mieux découvrir notre identité - Dialogue est
un autre mot pour relation - La Sainte Trinité : Dieu est, en Lui -
Même, dialogue - L'identité ouverte, avoir le cur sur la
main, c'est l'icône du bon samaritain. Mais nous devons d'abord
dialoguer entre Chrétiens. Notre grande faiblesse vis-à-vis des
autres religions c'est que nous sommes perçus comme "chrétiens
", toutes confessions confondues. Les minorités se fortifient à
travers une organisation forte. L'unité religieuse commence par nous-mêmes.
Apprendre la vie quotidienne de l'autre, c'est assumer l'entreprise de l'amour
! 7. Table ronde sur le dialogue Interreligieux
; trois thèmes abordés
7.1
Thème I : Les défis religieux aujourd'hui. Avec
le concours de représentants des religions Hindoues, Juives, Catholiques,
Musulmanes et Bouddhistes, plus un expert en " religions émergeantes
".
Introduction par l'expert en religions
émergeantes.
Le dialogue interreligieux se situe au cur
du congrès. La volonté de dialogue interreligieux est un signe et
une nécessité des temps d'aujourd'hui. Il se situe dans un héritage
imprégné des conflits du passé, un passé qui était
fermé au dialogue. Le dialogue interreligieux apporte une espérance
pour le futur. Le monde d'aujourd'hui est de plus en plus interconnecté.
Cette interconnexion, justement favorise une transformation spirituelle en profondeur
de la société humaine. Connaître les autres religions nous
permet de mieux connaître la nôtre. Le dialogue interreligieux conduit
à la paix. Il n'y a pas de paix sans religion. Alors que la religion se
réclame de l'Amour, le monde s'appuie sur la peur. Nous sommes tous frères
et surs. Si les religions se considèrent comme des identités
isolées nous restons enfermés dans nos groupes et nous ne pouvons
pas voir les différences. Les hommes cherchent à être heureux.
Nous avons le désir de rassembler nos prières pour la paix (cercles
de silence) et nous pouvons aller au-delà de la peur afin de partager ce
qui nous est commun. Les religions peuvent se manifester autrement qu'à
travers les conflits, comme pour l'appel à la prière pour la paix
du Pape Jean Paul II à Assise.
Intervention
de Ajahn Chandapalo, abbé du monastère bouddhiste de Santa Cittarama
à Frasso Sabino (Italie)
Nous avons ici dans ce congrès
un contexte monastique et contemplatif. La crise actuelle attend une réponse
profonde par la dimension contemplative. Les racines du problème : les
hommes d'aujourd'hui contrôlent le monde extérieur mais ne sont plus
capables de comprendre leur monde intérieur. La solution est dans la révolution
d'une conscience humaine : développer ses propres valeurs. Être heureux
a des effet sur tout l'entourage.
Intervention
de Shahrzad Houshmand, iranienne et théologienne musulmane chi'ite, professeur
en études islamiques à l'université Grégorienne à
Rome:
La place de la prière. L'attitude de la prière
est une attitude active contre le monde. Mohamed a débuté sa vie
avec la contemplation afin de chercher le mystère de la vie. La lumière
lui vient et ainsi se fait sa première révélation : une voix
lui demande d'écouter la Bible. Lui Mohamed, analphabète, est donc
prié de lire la parole de Dieu. Coran veut dire lecture, mais également
décoder -la parole de Dieu est infinie- Que signifie contemplation active
? Le premier pas de la contemplation active est la purification. La purification
apporte protection Purifie-toi : Dieu aime les purs. Protection : Bouclier
contre le mal extérieur, mais la protection la plus importante est celle
contre l'intérieur. Celui qui arrive à se protéger de l'avidité
de l'intérieur est heureux. La pureté se multiplie autour de
nous par la contemplation active.
Intervention
de Swamini Hamsanada Ghiri, moniale Hindoue, vice Présidente de l'union
hindoue de l'Italie et déléguée pour le dialogue interreligieux.
La
religion ne devrait jamais repousser l'occasion de percevoir le défi du
changement. Le mysticisme est l'expérience de l'homme avec Dieu. Le retour
vers notre être est un voyage. La vie monastique correspond à un
renoncement afin que la technocratie ne nous étouffe pas ; continuons à
réaliser notre royaume de liberté intérieure. Les forces
extérieures sont tirées vers notre intérieur et enrichissent
nos forces intérieures. La contemplation ne s'oppose pas à action
: " Tu accomplis l'action qui te forme, - qui doit être faite ".
La contemplation est donc une valeur plus élevée que l'action. Citation
d'un chant Kabyle :
Ne lave pas seulement ta peau extérieure. A
quoi cela te sert-il de te plonger dans l'eau sacrée Si tu ne poses
pas avant, toute ton âme dans la main de Dieu ?
Intervention
de Lisa Palmieri Billig, représentante du comité américain-juif
en Italie et auprès du Saint Siège, correspondante de la Jerusalem
Post et vice présidente de la section européenne des religions pour
la paix depuis 27 ans.
La force de la contemplation doit s'exercer
dans un monde qui est en excès de matérialisme. Moïse est allé
seul pour se chercher lui-même et il a reçu ce qui est la base de
notre vie : la pierre d'angle spirituelle et éthique ; agir et écouter
; ouvrir notre intérieur pour écouter. Ecouter le monde pour trouver
de nouveaux chemins de solutions. Parler et écouter. Pour écouter
il nous faut ouvrir notre " intérieur ". Pour débattre
nous devons d'abord nous taire et écouter les autres. Nous (chrétiens)
devons maitriser notre parole car nous sommes considérés comme des
gens " bruyants ". Cependant la raison critique est un élément
important contre l'acceptation aveugle. Intervention
du Père William Skudlarek (OSB), moine de St John's Abbey à Collegeville,
Minnesota, USA. Secrétaire Général du dialogue interreligieux
monastique.
Il faut encourager et soutenir l'échange
interreligieux dans les monastères. C'est pour nous un exercice spirituel
important que de nous donner à l'exercice d'une autre spiritualité
religieuse. Cet échange est en soi un exercice spirituel, car nous devons
écouter l'autre attentivement, non avec notre mental, mais avec le cur.
Nous cherchons le chemin pour arriver à l'autre. Nous nous engageons dans
l'amour pour l'autre. Si le dialogue est important, l'écoute est aussi
importante. La contemplation n'est pas une forme d'ésotérisme. La
question n'est pas comment devenir contemplatif, car nous sommes tous potentiellement
contemplatifs, mais comment prendre soin de cette dimension intérieure
pour combler la lacune créée par la " productivité ".
Les monastères jouent un rôle important dans le soutien sur le chemin
interreligieux. C'est pour les monastères un exercice spirituel que d'aborder
les spiritualités des autres religions.
7.2
Thème 2 : " Les défis actuels pour les oblats " Intervention
de Ajahn Chandapalo
Un défi actuel est de comment former
les oblats d'aujourd'hui ? (Oblat = entrer dans le cur). - Ce que nous
comprenons et aimons devient part de nous-mêmes ; - Ecouter, être
présent, être abordable par n'importe qui
cela change notre
relation envers les autres ; - Les traditions religieuses doivent nous apporter
de la sagesse ; - Exercer la gratitude, la pratique religieuse, la patience
face aux difficultés ; prendre le temps ; réduire ses exigences
Intervention
d'Adane Mokrani, théologien musulman sunnite, tunisien, professeur à
l'Institut Pontifical pour les études arabes et islamiques.
-
Nécessité d'adapter le langage (religieux) au temps du monde actuel
Pourquoi y-a-t-il tant de prophètes, alors que les prophètes
sont tous frères et messagers du même et unique Dieu. Dieu donne
aux prophètes la Parole de leur temps. Ne faut-il pas adapter la transmission
de la Parole aux langages et aux systèmes de communication de nos jours
? - Un grand défi est de vaincre la peur. La peur nous enferme dans
nos religions. - Aller vers l'échange de l'expérience. Intervention
de Swamini Hamsananda Ghiri
- Concilier tradition et actualité
; préserver les racines ; concilier science, religion et foi. Ce sont des
sujets complexes. - Quand on demande à un Hindou, qui est ton Dieu,
il répond " c'est le Tien ! " - La mentalité matérialiste
de l'Occident (et d'ailleurs) recherche des " produits " consommables
; maintenant cela s'applique à la religion et à la spiritualité. -
La religion est une discipline pour toute une vie. Elle ne doit pas attendre un
résultat immédiat.
Intervention
de Lisa Palmieri Billig
- Le défi toujours actuel : la
prière de base " écoute, Israël ! " - Il faut
aller vers la source ; éliminer du chemin tout le " nonsense "
que les religions ont accumulé autour d'elles. - Comprendre la Bible
et l'Évangile dans leur contexte historique. - Le monde s'appuie sur
la peur, la religion se base sur l'Amour de Dieu. - Nous sommes marqués
par la mentalité de consommation du monde occidental. - Cela touche
également la religion : nous voulons un produit. - La religion est un
chemin de discipline de toute une vie. - Nous devons rabaisser nos exigences. Intervention
du Père William Skudlarek
Il est prudent de ne pas mélanger
les valeurs des différentes religions car il existe un danger de syncrétisme.
Cela empêche de vivre une expérience profonde et crée de la
superficialité. Le mot " Pluralisme " signifie " aimer plus
". Discernons donc entre pluralisme et syncrétisme. L'occident a une
compréhension intellectuelle de la foi. La foi nécessite une pratique
; elle trouve son équilibre dans la joie, la sagesse, la détente,
l'ouverture et la pratique religieuse. L'interreligieux s'ancre dans la religion
même, cela signifie pour la théologie de pénétrer des
territoires nouveaux. Il s'agit de témoigner de sympathies profondes pour
les autres religions, qui peuvent présenter des sources de stimulation. Modérateur
Le
monde est en constant changement. A coté d'une église nous trouvons
une mosquée, un temple bouddhiste, etc. Dans les rues les hommes se touchent
sans se connaître. Les religions sont toujours des identités fermées.
Dans quelles conditions les religions peuvent-elles apporter leur contribution
à une société pluraliste ?
Ajahn
Chandapalo.
Nous sommes tous frères et surs. Il
existe maintenant une situation globale vers laquelle tout converge. Si nous restons
dans notre groupe, nous ne pouvons pas voir les différences ni tout ce
que nous avons en commun comme êtres vivants. Les hommes désirent
être heureux et conduire une vie comblée de sens. Déjà
le fait de réfléchir sur cela nous aide et peut nous rendre conscients.
Il y a en Angleterre une croissance de la vie interreligieuse. On crée
des projets d'enseignement des différentes religions à l'école.
En Italie en constate les mêmes tentatives. Nous avons des contacts avec
les monastères Bénédictins, avec les Franciscains. Il y a
un essai renforcé de réunir les différentes religions et
d'organiser des prières communes pour la paix. Nous pouvons aller au delà
de la peur afin de partager ce que nous avons en commun. Adane
Mokrani :
En Italie il est difficile d'édifier une mosquée
à coté d'une église. Oui, l'école est vrai laboratoire
pour le dialogue interreligieux. Les écoliers grandissent ensemble dans
une culture partagée. Le marché et le monde du travail sont un espace
pour s'insérer, pour travailler en commun pour le développement
d'un dialogue sain de la vie, sans prédominance. Le dialogue commence par
l'individu. Parallèlement la société construit des cultures
et également des systèmes de pouvoir. Les changements dans la société
actuelle sont un défi. Il est difficile de garantir les droits de l'homme,
comme le dialogue et l'échange. Également sur le plan de la théologie,
une théorie de l'échange est nécessaire. Un terme nouveau
apparaît dans le dialogue interreligieux : " les droits de l'homme
".
Swamini Hamsananda Ghiri
En
Inde, quand il y a côte à côte une image de la Madone et d'un
dieu Krishna, les hommes passent et déposent des fleurs au deux images.
Ils veulent respecter le dieu de l'autre. La paix s'établit d'abord dans
nos curs. Un ami partage les valeurs de l'autre (sacrifices), de même
que les douleurs de l'autre. Le cosmos contient une grande famille. L'amitié
nait dans un cur souriant. Quand je rencontre un homme ou une femme, je
dois produire en avance de la sympathie. Cette sympathie, je dois la ressentir
déjà avant la rencontre.
Lisa
Palmieri Billig
Le seul chemin juste pour éviter de faux
concepts fondamentaux, qui naissent de la peur c'est de découvrir la pluralité
des identités. Parfois nous défendons une image qui n'existe pas.
Nous avons tous des identités différentes. Il existe une injustice
mondiale, un manque de droits humain ; nous acceptons la corruption. Il ne faut
pas seulement donner de l'argent pour régler les situations. Nous devons
aller vers une plus grande responsabilité, poursuivre nos efforts jusqu'à
la réalisation du projet. Avec une responsabilité plus sérieuse,
beaucoup d'abus et de corruption peuvent être combattus. L'identité
est également collective.
Père
William Skudlarek
Un facteur essentiel est bien l'expérience
! Quand Jean Paul II a rassemblé à Assise les dirigeants des différentes
religions dans le but de prier pour la paix dans le monde, cela a montré
au monde que les religions peuvent se rencontrer autrement qu'à travers
des conflits. C'est la force dans les gestes symboliques. Un moine bouddhiste
voulait faire une marche de New Orleans jusqu'au Canada. Il devait faire cette
marche sans argent. Il tomba malade, avec une hépatite, mais voulut continuer
malgré la maladie. J'ai décidé de l'accompagner ; j'avais
un peu d'argent, un billet de 50 dollars. Beaucoup de gens voulaient nous offrir
des douceurs. " Non, nous voulons simplement marcher ensemble " et nous
marchions ensemble. Un dimanche nous sommes allés à la Messe. Il
y avait une collecte pour des femmes pauvres. Mon ami me disait de donner le billet
de 50 dollars. Je l'ai donné. Alors arrive une femme, elle considère
que notre geste était merveilleux et elle me donne 20 dollars. Une autre
femme nous dit la même chose et elle aussi nous donne 20 dollars. Marcher
ensemble est le chemin. Partager ensemble des expériences est le devoir
d'hommes de cultures différentes.
7.3
Thème 3. " Le Problème de l'identité "
Ajahn
Chandapalo.
Rester prudent, ne rien mettre en avant, ne rien
mélanger. Avoir des doutes et ne pas être sûr c'est normal.
De quoi pouvons- nous être vraiment sûrs ? Nos valeurs principales
sont la foi, la sagesse, la joie et la détente ; elles doivent se tenir
en équilibre. Le monde occidental a une compréhension plus intellectuelle
de la religion sans pratique. Mais la foi a besoin d'être pratiquée
car la pratique développe une compréhension plus grande de la religion
et de l'échange. Des occidentaux avaient fait un séjour dans un
monastère bouddhiste. C'était Noël et ils étaient tristes
car ils auraient préféré aller dans un monastère occidental.
Mais le Maître le remarqua et leur dit simplement ce dont ils avaient besoin
et il leur dit " C'est un Noël Bouddhiste !". Vivre notre foi dans
la profondeur, sans dogmes, et rester ouvert malgré tout.
Adane
Mokrani
La vie est un risque : pluralisme n'est pas syncrétisme.
Pluralisme c'est aimer plus. Ou est né le chapelet ? Il est présent
dans plusieurs religions. L'inter- religion prend son ancrage dans la religion
même. Cela signifie pour la théologie de pénétrer des
terres inconnues. Il s'agit de gagner de la sympathie profonde pour les autres
religions. Swamini Hamsananda Ghiri Quand un étranger vient il nous
pose des questions. Il s'en suit des réponses. Mais le dialogue s'adresse
à notre peur, la peur de perdre. Elle nous sépare de l'autre. Toi
et moi, nous sommes " un " devant le cur, le cur divin en
nous. Toi et moi nous nous inclinons devant le divin.
Lisa
Palmieri Billig
Nathan le sage a un anneau pour ses trois fils.
Il fait faire deux autres anneaux exactement pareils et en donne un à chacun
de ses fils sans jamais dire lequel était l'anneau original. Il y a la
nécessité d'une identité forte. Au cur de notre identité
se trouve une source commune. Traitons-la avec prudence et calme. Je suis née
juive et je mourrai juive, mais cela ne doit pas m'empêcher de m'intéresser
aux autres. Il y a une différence entre évangéliser et prosélytisme.
Un dialogue doit se réaliser entre partenaires égaux.
Père
William Skudlarek
Il y a qu'un mot : " AMEN " DIEU
- TRINITÉ est DIALOGUE ; DIALOGUE est le CUR. Justement, nous
pouvons découvrir notre identité à travers le dialogue. Le
dialogue est un autre mot pour relation : " Le bon samaritain ". Permettons
à tout homme et toute femme d'aller leur propre chemin !
Modérateur
de la table ronde et expert en religions émergeantes
En
conclusion :Le dialogue avec d'autres religions peut nous permettre de découvrir
autre chose. Ce dialogue est important avec notre jeune génération,
qui justement est à la recherche d'une religion comme un idéal.
|