Compte-Rendu du 21ème congrès mondial des oblat(e)s bénédictin(e)s

Rome 2 au 9 octobre 2009

Par nos oblats : Babara Bauer et Pierre Ricard

 

Structure du document

1. Accueil

2. Discours d'accueil de l'Abbé Primat Notker Wolf
3. Discours d'accueil de la coordinatrice des oblats italiens.
4. La Liturgie et l'Office
5. Les témoignages d'oblats
6. Les conférences thématiques :
6.1 P. Lawrence Osborne OSB " l'Oblat contemplatif aujourd'hui ".
6.2 Mother Màire Hickey O.S.B, "Relations personnelles et Communion"
6.3 Mgr Andrew Tanya - Anan, " Mission et Dialogue interreligieux "
7. Tables rondes sur le dialogue Interreligieux
7.1 Thème 1 " Les défis religieux aujourd'hui "
7.2 Thème 2 " Les défis actuels pour les oblats "
7.3 Thème 3 " Le problème de l'Identité "
8. Les visites
8.1 Place St Pierre
8.2 Subiaco
8.3 Montecassino
8.4 Sant'Anselmo
9. Les rencontres
10. Les groupes linguistiques
11. L'organisation et les animateurs
12. En guise de conclusion, quelques mots de l'Abbé Primat.

 

1. Accueil

Ce vendredi 2 octobre 2009, les délégués oblat(e)s arrivent au Centre Salesianum d'un peu partout du monde entier. Enregistrement, repos, prises de contact… A 17h00 nous nous retrouvons dans la chapelle calme et lumineuse pour les vêpres. Profondeur et silence. Raffinement et dévotion du chant grégorien. Puis, nous nous dirigeons tenant chacun notre branche d'olivier, de la chapelle vers l'auditorium en chantant l'hymne " Ubi Caritas est vera, Deus ibi est …. ". Lumière tamisée, salle fleurie, nous ressentons la beauté de l'accueil bénédictin.
Dans l'auditorium 300 personnes participent à une méditation - prière prononcée en quatre langues. Une série d'icônes russes anciennes est projetée sur grand écran. On entend le chant de moines orthodoxes russes. La tradition bénédictine est si proche de l'esprit des icônes de l'Eglise primitive.

Icône du Christ Pantocrator
- Désir de voir le visage invisible de Dieu
- Jésus est ce visage
- Jésus est souverain cosmique
Icône de la Vierge et de l'Enfant
- la Mère de Dieu et Jésus
- Marie la parfaite Servante
- la Vierge orante
Icône du baptême du Christ
- Jésus sanctifie l'eau
- Jésus se prépare à entrer en enfer
- Première manifestation de l'Esprit Saint
Icône de la Crucifixion
- Influence de St Jean pour exprimer la dignité et la sérénité du Sauveur
- Contraste avec la vision de l'Occident : souffrance, humiliation
Icône des Pères de l'Eglise
- St Basile, St Grégoire le Théologien, St Jean Chrysostome
- Ce sont des enseignants : " La Sagesse conduit à Toi"
- Ils aiment Dieu.

 

 

2. Discours d'accueil de l'Abbé Primat Notker Wolf

Il y a des encouragements et des espoirs au sein de la crise actuelle. Il y a une nouvelle quête de Dieu. Les hommes ne veulent plus des dogmes, ni d'institutions. Les hommes cherchent la liberté, ils veulent vivre leur foi individuellement, ainsi leur spiritualité. Ils veulent aller au-delà de leur vie quotidienne et trouver la vérité. Pour nous ici le royaume de Dieu a déjà commencé, quand nous nous assemblons pour la liturgie. La spiritualité ne peut être une démarche seulement personnelle. Il y a un besoin de prier, de croire et de célébrer avec et pour les autres. Le dogme est nécessaire car il nous permet d'établir la Vérité dans notre vie. La Parole de Dieu est le centre de la vie Bénédictine.


3. Discours d'accueil de la coordinatrice des oblats italiens.

Elle évoque les valeurs bénédictines. Donner tout pour suivre le Christ, donner tout pour permettre à l'autre d'entrer dans le royaume de Dieu. C'est un devoir pour tous les chrétiens, d'entrer en dialogue avec d'autres religions. La prière contemplative est une forme de communication au sein de la Sainte Trinité. La patience bénédictine permet d'accepter l'autre tel qu'il est. L'unité dans la multiplicité de ce congrès représente bien l'attachement de chaque oblat à son monastère qui est sa patrie monastique. Nous avons ici un lieu privilégié pour se rencontrer, pour échanger nos opinions et pour écouter, sans chercher la perfection.

 

4. La liturgie : l'Eucharistie et l'Office.

Nous vivons un réel sentiment de "catholicité" lors de l'Eucharistie célébrée chaque jour dans une langue différente ainsi que pour les Laudes, Vêpres et Complies. Il y a Adoration du Saint Sacrement presque tous les soirs et, tous, nous entonnons le "Tantum Ergo". Les délégations de langue anglaise (les anglais surtout) et allemandes ont bien préparé les célébrations. Ils chantent régulièrement, y compris le grégorien, dans leurs paroisses d'origine. Jennifer Smith, rattachée à Ealing Monastry, professeur de chant dirige les répétitions du groupe UK. Le Centre Salesianum dispose d'une chapelle sobre et très lumineuse.


5. Les témoignages d'oblats.

Le Vietnam

Dans notre environnement communiste les catholiques sont poursuivis. Le mot " Oblat ", est un mot nouveau et pas habituel dans notre langue. L'oblat est pour nous un homme qui se sacrifie lui-même à DIEU. Nous appartenons à un monastère de Saigon (Hochimin - Ville). Nous avons une rencontre d'une journée par mois (un samedi) au monastère où nous travaillons sur la règle. Nous sommes 90 oblats. Nous avons obtenu une maison en ville pour les oblats où nous nous retirons pour prier et pour être dans le silence, en partage étroit avec les moines.


USA

L'engagement d'oblat m'a conduit à un changement de vie. Je me suis engagé personnellement au service d'autres oblats. Nous nous retrouvons pour la Lectio Divina et pour des exercices spirituels. Nous essayons de nous mettre au service de Dieu comme les moines. Il n'est pas toujours évident de rejoindre nos monastères à cause des distances. Nous nous rencontrons en petits groupes, tout en restant proches de nos monastères individuellement.


Brésil

J'étais attiré par la beauté liturgique du monastère Sant Bénédict à Olinda. Je suis oblat, donc également missionnaire. Avec les oblats nous formons une famille. Nous sommes dans le monde et nous y vivons. Nous prenons nos forces dans le monastère. Nous exerçons nos métiers selon des valeurs chrétiennes avec le but de créer des relations différentes sur nos lieux de travail, et de travailler autrement. Mais ce n'est pas moi qui suis acteur principal, mais Dieu. Il y a un élargissement au delà du monastère, mais il est important de se réunir autour du monastère et de son abbé comme groupe. Nous organisons des rencontres avec les oblats d'autres monastères et avec toutes les personnes qui se donnent au service des hommes, pour faire connaître la vie bénédictine. Il est important pour nous de connaître les oblats d'autres continents, afin que nous puissions transmettre la flamme qui vient de nos cœurs. Nous apportons notre soutien aux oblats âgés et malades, en nous demandant qui sera le prochain dans ce cas ? Nous pouvons apprendre beaucoup des autres oblats. Nous participons à la préparation de la confirmation des enfants.
 

Nigeria

Nous sommes venus au nombre de six oblats. Nous nous rencontrons souvent entre nous et au monastère. Nous sommes très liés et le monastère nous donne beaucoup de force. Être oblat dans notre pays veut dire aussi une séparation profonde avec notre tradition. Nous devons nous impliquer totalement et offrir notre vie au service de Dieu. Nous nous occupons des enfants et des personnes dans le besoin. Nous organisons des réunions pour les chants liturgiques et les prières.

Synthèse du Père Henry O'Shea.

Nos chemins sont différents, chacun a le sien. Mais chacun de nous se construit une cuirasse! Il s'agit de la percer pour que la grâce de Dieu s'infuse par cette " brèche ". Premièrement prenons conscience de la brèche ouverte, ensuite nous pourrons nous laisser guérir. Ce qu'il y a de commun avec les témoignages (et échanges avec les délégués dans l'auditorium) peut se résumer par les points suivants : le service aux autres, la Lectio Divina, et surtout servir Dieu : " Non pas à nous mais à Ton Nom donne l'Honneur ". Restons dans le concret : grâce, service, ouverture. Nous pouvons purifier nos motivations par la prière avec le Christ comme fondement.

 

6. Les conférences thématiques

6.1 Conférence du P. Lawrence Freeman OSB " l'Oblat contemplatif aujourd'hui ".


Qu'est ce que la contemplation ? Comment l'atteindre ? Il faut se reposer les questions à l'origine de nos oblatures. Pourquoi suis-je devenu(e) oblat(e) ? Quelles sont mes motivations ? Comment vivons-nous notre oblature, en tant que parents, au travail, alors qu'aujourd'hui tant de monastères ferment. Toute la règle n'est qu'une petite règle. Elle nous permet de trouver notre désert et de travailler dans notre solitude, de progresser dans notre relation intime. Mais il y a la vie monastique. Il y a des dimensions multiples dans la vie monastique ; l'oblature en est une.
Je voudrais vous montrer un chemin pratique : la prière silencieuse. Les bénédictins ne sont pas des moines mendiants. Il y a fusion entre contemplation et vie active. Le sens de la contemplation est plus profond, mais la vie n'est pas seulement contemplative. Il nous faut intégrer " Marthe et Marie " comme les deux zones du cerveau : action et contemplation sont complémentaires. La vie monastique a évolué au cours du temps mais le moine reste comme un arbre, planté près de l'eau pour que les oiseaux puissent y construire leurs nids. Beaucoup pensent que le christianisme n'a plus grand-chose à proposer, cependant les monastères sont encore là, comme une exception : rayonnement de paix, rayonnement de l'amour fraternel et de l'Amour du Père, alternative à l'agitation quotidienne.
Le film " Le Grand Silence " a permis à beaucoup de vivre du vrai silence dans les salles de cinéma et de redécouvrir la contemplation. Il y a un désir de redécouvrir la contemplation dans l'Église Catholique. L'accès à une vie contemplative était considéré comme réservé aux monastères. Il peut être élargi par les oblats. Les communautés monastiques représentent la simplicité. Depuis Vatican II les papes ont demandé que se construisent des communautés monastiques. De nouvelles formes de vie monacale apparaissent, les monastères sans murs. Partager ensemble des moments de silence est un grand exercice d'amour en commun.
Dans la vie monastique existe le désir de chercher Dieu jusqu'à l'ultime limite, à " la périphérie " de la société. (" Aller dans le désert "). C'est bien avec cette implication que là, la vie monastique s'épanouit. Mais cela est un chemin difficile, exigeant. Justement la faiblesse spirituelle de la société d'aujourd'hui correspond à un manque de contemplation, à un manque d'aller dans la profondeur. Cela s'obtient au prix du renoncement, c'est justement en acceptant la pauvreté et en se situant à la " marge " de la société que la communauté monastique permet aux hommes d'accéder à cette profondeur.
Saint Benoît met l'accent sur la paix. La Paix n'est pas seulement un sentiment de sécurité. Elle est le repos du cœur dans " le désert ". Elle permet l'ouverture du cœur. La Règle conduit à la contemplation. Il ne faut pourtant pas s'attendre à un cheminement rapide. Il n'y a pas de raccourcis pour l'OPUS DEI. La Règle de Saint Benoît n'est pas seulement une règle pour débutants. Elle nous conduit vers la condition essentielle pour la prière, elle est une aide pour accéder à la fenêtre de la vie intérieure. Elle s'adresse à ceux qui veulent pénétrer plus loin dans la plénitude de la vie.
John Main (OSB) moine bénédictin anglais, est un précurseur de la prière silencieuse. "Aujourd'hui nous devons prendre position et nous questionner. Comment prier ? Comment être conscient que toutes les prières relient les hommes en harmonie. Il ne s'agit pas de " mots à mots ", prononcés pour les célébrations. La prière est comme un vide, un passage, une brèche, … La question est comment revenir à la source pour puiser de quoi combler la brèche ?". Nous avons perdu la pratique de la prière du mot unique :
- Afin de pénétrer dans la pauvreté dans l'esprit
- Pour une union plus profonde avec la prière de Jésus
- Pour la purification du cœur
- Pour méditer dans le simple silence
Comment cette prière peut-elle s'accorder avec les célébrations, sachant que la " prière du désert " ne remplace pas la Liturgie ?
En 2007 la communauté des oblats a obtenu le statut canonique. Les communautés laïques favorisent une attitude très profonde pour la prière. Elles peuvent devenir un début de " monastère sans murs ". Dans la prière il n'y a pas de différence entre hommes et femmes, moines et moniales. Il n'y a qu'égalité dans la différence. Les monastères se doivent d'être ouverts. Ils peuvent créer des espaces nouveaux pour la vie contemplative.
Les oblats peuvent ainsi y contribuer en reprenant cette forme de prière dans leur vie. Ainsi leur action sera amplifiée par la contemplation. L'appel à la vie contemplative est universel. Cette dimension dans l'homme est sous-estimée à cause de la volonté de réussir la vie active.

But de la vie contemplative selon Cassien:

- Prier sans relâche, être dans la simplicité radicale,
- La conscience contemplative est porteuse de lumière
- L'oblat est appelé à chercher Dieu et la paix
- Ora et labora
- Toute prière est un exercice de concentration
- Le travail, c'est bien plus que de gagner de l'argent
- Pour co-créer le monde et réaliser la paix, il faut atteindre le cœur du Christ
- Moines et oblats sont là comme partenaires équivalents.
 

6.2 Mother Màire Hickey O.S.B, Abbess Emerita de Dinklage, Allemagne, "Relations personnelles et Communion"


Que signifie ce thème pour les oblats ici à Rome ?


La règle de Saint Benoît est un chemin concret. De simples individus peuvent être conduits vers la vie en communauté. Il est bon d'encourager la croissance internationale de la famille bénédictine. Il est bon de se rejoindre et de se coordonner, oblats et monastères, mais chacun restant dans sa structure. L'Esprit nous guide dans ce développement. Il est utile d'observer le chemin accompli par les oblats et aussi la dynamique des autres congrès internationaux. C'est un témoignage positif de l'unité des moines, de l'unité des moniales et de celle des oblat(e)s. Saint-Benoît n'a pas créé un ordre religieux, il a créé des monastères qui se sont regroupés en congrégations. Cette organisation se poursuit avec les oblats. Plus nous serons unis, plus nous pourrons dire quelque chose au monde et nous y engager. Les oblats représentent par leur engagement un rayonnement du monastère !
Ce congrès appelle les oblats à prendre une participation active dans le monde et à prendre part à la croissance d'un mouvement monastique au cœur de l'Eglise. Ce congrès nous invite également à prendre contact avec d'autres mouvements religieux.
" J'étais invitée à un rassemblement œcuménique en Suisse. Avec un moine bénédictin nous nous questionnions, comment être productif durant le congrès en faisant ce que nous faisons chez nous - prier - ? Nous avons donc demandé une salle et nous avons simplement prié durant le congrès. Beaucoup se sont joints à nous et nous étions heureux. Certains pensaient que prier n'était pas suffisant ; que c'était une forme de marginalisation. Mais l'espace de prière a donné une bonne force au mouvement monastique au milieu des églises chrétiennes et a stimulé le contact avec d'autres mouvements chrétiens ".
Le mouvement monastique est un microcosme dans le macrocosme de l'Eglise. Mais la vie contemplative a ses exigences. Elle nous demande d'aller dans le " désert " pour notre famille quand elle va mal et d'espérer le salut et de prier pour l'Église. Aller dans le désert afin de chercher une nouvelle relation avec Dieu, de chercher Sa volonté, est un appel à l'obéissance pour construire une communauté de paix et de justice et pour servir le Créateur malgré toutes nos défaillances et nos fautes. Rejeter Dieu a des conséquences néfastes sur l'ensemble des membres de la communauté. La tradition monastique nous apprend à devenir plus compréhensif envers les faiblesses de nos frères et sœurs, et à partager nos propres faiblesses avec eux. Il ne faut pas trop " gratter la rouille " car cela nous fragilise. Il n'y a pas de chrétienté sans communauté, sinon " à qui pourrais-tu laver les pieds ? ". Nous nous acheminons vers la maturité. A travers l'échec croît la maturité et la connaissance de soi-même. En apprenant à nous retirer nous apprenons à respecter la vulnérabilité de l'autre.

 


6.3 Mgr Andrew Tanya - Anan, s/Secrétaire du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux " Mission et Dialogue interreligieux "

Le dialogue dans la vie quotidienne.

Le dialogue est un partage ou un échange " face à face ". Il faut souhaiter les rencontres et vouloir vivre avec son voisin. Notre but est d'avancer ensemble, de se comprendre et de partager. Adopter une attitude humble. Les habits et la présentation extérieure ne sont pas importants. Le vrai dialogue doit assumer l'entreprise de l'amour.

Le dialogue dans l'action.

Développer des projets et des actions en commun. Se coordonner dans l'action. Etablir le dialogue dans le respect et la patience. " Je crois ceci, vous croyez cela et je le respecte ". En acceptant d'être seul devant Dieu, nous formons notre capacité de cultiver avec l'autre des liens plus profonds et nous serons en mesure d'éloigner les obstacles à une relation personnelle. Les bonnes relations avec nos frères et sœurs se construisent dans la patience. La vie en commun exige aussi de vivre avec celui qu'on ne veut pas. Ne refusons pas de " travailler avec lui ensemble dans la vigne ", de porter mutuellement nos faiblesses. Échangeons l'amour les uns avec les autres. Toi et moi sommes le noyau de la vie ! La règle bénédictine est sagesse pour une relation saine. C'est une aide importante pour grandir en communauté.
La colère, est un grand danger. Il est absolument nécessaire de la maîtriser. Nous devons apprendre la patience et l'amabilité, l'hospitalité et la vie sous l'autorité. Par la Règle, Dieu nous conduit vers le Christ, il nous rassemble tous en une communauté pour partager l'Amour du Christ. Il nous faut atteindre une vue du monde orientée vers le Christ. Chaque religion a sa propre identité. Il est nécessaire d'y voir clair dans les présuppositions de chaque religion. C'est une nécessité vitale de parler autour d'une table - longtemps - encore et encore - avancer ensemble pas à pas. L'échange amoindrit les préjugés. Mais le plus important restera toujours l'échange dans la vie quotidienne.

Communication de cœur à cœur.

Identité forte - dialogue fort du cœur

On reconnaît la force d'une identité par l'ouverture vers l'autre.

Nous devons d'abord approfondir notre foi et notre identité, avant d'entrer dans un échange interreligieux. Souvenons-nous, il y a tellement d'éléments communs à toutes les religions. Pour reconnaître notre foi et notre identité, cherchons d'abord au fond de nous mêmes cette réalité, puis apprenons la vérité qui est la parole du Christ, apprenons à nous y tenir et nous en enrichir réciproquement. N'imposons jamais notre croyance, respectons toujours l'autre dans son identité.

Les dangers du dialogue interreligieux.

Nous devons être conscients de nos faiblesses dans le dialogue interreligieux. Faire attention au relativisme : toutes les religions se ressemblent ; au syncrétisme : toutes les valeurs se mélangent. Nous perdons notre spécificité et en fin de compte nous ne croyons plus en rien. C'est pourquoi nous devons nous interroger Savoir qui nous sommes et en quoi nous croyons. Si nous voulons suivre quelqu'un il faut savoir aussi qui il est. Nous devons savoir qui est le Christ, puis nous apprendrons qui est Mohamed, Bouddha…..
Le monde moderne présente des défis qui concernent toutes les religions. Il devient nécessaire d'exprimer notre Foi dans les langues et les mentalités du monde d'aujourd'hui. La peur est une source de blocage. Dépasser la peur représente un grand défi. La peur nous enferme dans nos familles religieuses. Echanger nos expériences sur " comment vaincre la peur ". Le monde s'appuie sur la peur alors que la religion s'appuie sur l'Amour. Marcher ensemble est notre obligation. C'est le devoir des hommes de cultures différentes.

Le dialogue est-il un risque pour notre identité ?

- Le dialogue nous permet de mieux découvrir notre identité
- Dialogue est un autre mot pour relation
- La Sainte Trinité : Dieu est, en Lui - Même, dialogue
- L'identité ouverte, avoir le cœur sur la main, c'est l'icône du bon samaritain.
Mais nous devons d'abord dialoguer entre Chrétiens. Notre grande faiblesse vis-à-vis des autres religions c'est que nous sommes perçus comme "chrétiens ", toutes confessions confondues. Les minorités se fortifient à travers une organisation forte. L'unité religieuse commence par nous-mêmes. Apprendre la vie quotidienne de l'autre, c'est assumer l'entreprise de l'amour !


7. Table ronde sur le dialogue Interreligieux ; trois thèmes abordés

7.1 Thème I : Les défis religieux aujourd'hui.

Avec le concours de représentants des religions Hindoues, Juives, Catholiques, Musulmanes et Bouddhistes, plus un expert en " religions émergeantes ".

Introduction par l'expert en religions émergeantes.


Le dialogue interreligieux se situe au cœur du congrès. La volonté de dialogue interreligieux est un signe et une nécessité des temps d'aujourd'hui. Il se situe dans un héritage imprégné des conflits du passé, un passé qui était fermé au dialogue. Le dialogue interreligieux apporte une espérance pour le futur. Le monde d'aujourd'hui est de plus en plus interconnecté. Cette interconnexion, justement favorise une transformation spirituelle en profondeur de la société humaine. Connaître les autres religions nous permet de mieux connaître la nôtre. Le dialogue interreligieux conduit à la paix. Il n'y a pas de paix sans religion. Alors que la religion se réclame de l'Amour, le monde s'appuie sur la peur. Nous sommes tous frères et sœurs. Si les religions se considèrent comme des identités isolées nous restons enfermés dans nos groupes et nous ne pouvons pas voir les différences.
Les hommes cherchent à être heureux. Nous avons le désir de rassembler nos prières pour la paix (cercles de silence) et nous pouvons aller au-delà de la peur afin de partager ce qui nous est commun. Les religions peuvent se manifester autrement qu'à travers les conflits, comme pour l'appel à la prière pour la paix du Pape Jean Paul II à Assise.

Intervention de Ajahn Chandapalo, abbé du monastère bouddhiste de Santa Cittarama à Frasso Sabino (Italie)

Nous avons ici dans ce congrès un contexte monastique et contemplatif. La crise actuelle attend une réponse profonde par la dimension contemplative. Les racines du problème : les hommes d'aujourd'hui contrôlent le monde extérieur mais ne sont plus capables de comprendre leur monde intérieur. La solution est dans la révolution d'une conscience humaine : développer ses propres valeurs. Être heureux a des effet sur tout l'entourage.

Intervention de Shahrzad Houshmand, iranienne et théologienne musulmane chi'ite, professeur en études islamiques à l'université Grégorienne à Rome:

La place de la prière. L'attitude de la prière est une attitude active contre le monde. Mohamed a débuté sa vie avec la contemplation afin de chercher le mystère de la vie. La lumière lui vient et ainsi se fait sa première révélation : une voix lui demande d'écouter la Bible. Lui Mohamed, analphabète, est donc prié de lire la parole de Dieu. Coran veut dire lecture, mais également décoder -la parole de Dieu est infinie- Que signifie contemplation active ?
Le premier pas de la contemplation active est la purification. La purification apporte protection
Purifie-toi : Dieu aime les purs.
Protection : Bouclier contre le mal extérieur, mais la protection la plus importante est celle contre l'intérieur. Celui qui arrive à se protéger de l'avidité de l'intérieur est heureux.
La pureté se multiplie autour de nous par la contemplation active.

Intervention de Swamini Hamsanada Ghiri, moniale Hindoue, vice Présidente de l'union hindoue de l'Italie et déléguée pour le dialogue interreligieux.

La religion ne devrait jamais repousser l'occasion de percevoir le défi du changement. Le mysticisme est l'expérience de l'homme avec Dieu. Le retour vers notre être est un voyage. La vie monastique correspond à un renoncement afin que la technocratie ne nous étouffe pas ; continuons à réaliser notre royaume de liberté intérieure. Les forces extérieures sont tirées vers notre intérieur et enrichissent nos forces intérieures. La contemplation ne s'oppose pas à action : " Tu accomplis l'action qui te forme, - qui doit être faite ". La contemplation est donc une valeur plus élevée que l'action. Citation d'un chant Kabyle :

Ne lave pas seulement ta peau extérieure.
A quoi cela te sert-il de te plonger dans l'eau sacrée
Si tu ne poses pas avant, toute ton âme dans la main de Dieu ?

Intervention de Lisa Palmieri Billig, représentante du comité américain-juif en Italie et auprès du Saint Siège, correspondante de la Jerusalem Post et vice présidente de la section européenne des religions pour la paix depuis 27 ans.

La force de la contemplation doit s'exercer dans un monde qui est en excès de matérialisme. Moïse est allé seul pour se chercher lui-même et il a reçu ce qui est la base de notre vie : la pierre d'angle spirituelle et éthique ; agir et écouter ; ouvrir notre intérieur pour écouter. Ecouter le monde pour trouver de nouveaux chemins de solutions. Parler et écouter. Pour écouter il nous faut ouvrir notre " intérieur ". Pour débattre nous devons d'abord nous taire et écouter les autres. Nous (chrétiens) devons maitriser notre parole car nous sommes considérés comme des gens " bruyants ". Cependant la raison critique est un élément important contre l'acceptation aveugle.

Intervention du Père William Skudlarek (OSB), moine de St John's Abbey à Collegeville, Minnesota, USA. Secrétaire Général du dialogue interreligieux monastique.

Il faut encourager et soutenir l'échange interreligieux dans les monastères. C'est pour nous un exercice spirituel important que de nous donner à l'exercice d'une autre spiritualité religieuse. Cet échange est en soi un exercice spirituel, car nous devons écouter l'autre attentivement, non avec notre mental, mais avec le cœur. Nous cherchons le chemin pour arriver à l'autre. Nous nous engageons dans l'amour pour l'autre. Si le dialogue est important, l'écoute est aussi importante. La contemplation n'est pas une forme d'ésotérisme. La question n'est pas comment devenir contemplatif, car nous sommes tous potentiellement contemplatifs, mais comment prendre soin de cette dimension intérieure pour combler la lacune créée par la " productivité ". Les monastères jouent un rôle important dans le soutien sur le chemin interreligieux. C'est pour les monastères un exercice spirituel que d'aborder les spiritualités des autres religions.
 
7.2 Thème 2 : " Les défis actuels pour les oblats "

Intervention de Ajahn Chandapalo

Un défi actuel est de comment former les oblats d'aujourd'hui ? (Oblat = entrer dans le cœur).
- Ce que nous comprenons et aimons devient part de nous-mêmes ;
- Ecouter, être présent, être abordable par n'importe qui… cela change notre relation envers les autres ;
- Les traditions religieuses doivent nous apporter de la sagesse ;
- Exercer la gratitude, la pratique religieuse, la patience face aux difficultés ; prendre le temps ; réduire ses exigences…
 
Intervention d'Adane Mokrani, théologien musulman sunnite, tunisien, professeur à l'Institut Pontifical pour les études arabes et islamiques.

- Nécessité d'adapter le langage (religieux) au temps du monde actuel
Pourquoi y-a-t-il tant de prophètes, alors que les prophètes sont tous frères et messagers du même et unique Dieu. Dieu donne aux prophètes la Parole de leur temps. Ne faut-il pas adapter la transmission de la Parole aux langages et aux systèmes de communication de nos jours ?
- Un grand défi est de vaincre la peur. La peur nous enferme dans nos religions.
- Aller vers l'échange de l'expérience.

Intervention de Swamini Hamsananda Ghiri

- Concilier tradition et actualité ; préserver les racines ; concilier science, religion et foi. Ce sont des sujets complexes.
- Quand on demande à un Hindou, qui est ton Dieu, il répond " c'est le Tien ! "
- La mentalité matérialiste de l'Occident (et d'ailleurs) recherche des " produits " consommables ; maintenant cela s'applique à la religion et à la spiritualité.
- La religion est une discipline pour toute une vie. Elle ne doit pas attendre un résultat immédiat.
 
Intervention de Lisa Palmieri Billig

- Le défi toujours actuel : la prière de base " écoute, Israël ! "
- Il faut aller vers la source ; éliminer du chemin tout le " nonsense " que les religions ont accumulé autour d'elles.
- Comprendre la Bible et l'Évangile dans leur contexte historique.
- Le monde s'appuie sur la peur, la religion se base sur l'Amour de Dieu.
- Nous sommes marqués par la mentalité de consommation du monde occidental.
- Cela touche également la religion : nous voulons un produit.
- La religion est un chemin de discipline de toute une vie.
- Nous devons rabaisser nos exigences.
 
Intervention du Père William Skudlarek

Il est prudent de ne pas mélanger les valeurs des différentes religions car il existe un danger de syncrétisme. Cela empêche de vivre une expérience profonde et crée de la superficialité. Le mot " Pluralisme " signifie " aimer plus ". Discernons donc entre pluralisme et syncrétisme. L'occident a une compréhension intellectuelle de la foi. La foi nécessite une pratique ; elle trouve son équilibre dans la joie, la sagesse, la détente, l'ouverture et la pratique religieuse. L'interreligieux s'ancre dans la religion même, cela signifie pour la théologie de pénétrer des territoires nouveaux. Il s'agit de témoigner de sympathies profondes pour les autres religions, qui peuvent présenter des sources de stimulation.

Modérateur

Le monde est en constant changement. A coté d'une église nous trouvons une mosquée, un temple bouddhiste, etc. Dans les rues les hommes se touchent sans se connaître. Les religions sont toujours des identités fermées. Dans quelles conditions les religions peuvent-elles apporter leur contribution à une société pluraliste ?
 
Ajahn Chandapalo.

Nous sommes tous frères et sœurs. Il existe maintenant une situation globale vers laquelle tout converge. Si nous restons dans notre groupe, nous ne pouvons pas voir les différences ni tout ce que nous avons en commun comme êtres vivants. Les hommes désirent être heureux et conduire une vie comblée de sens. Déjà le fait de réfléchir sur cela nous aide et peut nous rendre conscients. Il y a en Angleterre une croissance de la vie interreligieuse. On crée des projets d'enseignement des différentes religions à l'école. En Italie en constate les mêmes tentatives. Nous avons des contacts avec les monastères Bénédictins, avec les Franciscains. Il y a un essai renforcé de réunir les différentes religions et d'organiser des prières communes pour la paix. Nous pouvons aller au delà de la peur afin de partager ce que nous avons en commun.

Adane Mokrani :

En Italie il est difficile d'édifier une mosquée à coté d'une église. Oui, l'école est vrai laboratoire pour le dialogue interreligieux. Les écoliers grandissent ensemble dans une culture partagée. Le marché et le monde du travail sont un espace pour s'insérer, pour travailler en commun pour le développement d'un dialogue sain de la vie, sans prédominance. Le dialogue commence par l'individu. Parallèlement la société construit des cultures et également des systèmes de pouvoir. Les changements dans la société actuelle sont un défi. Il est difficile de garantir les droits de l'homme, comme le dialogue et l'échange. Également sur le plan de la théologie, une théorie de l'échange est nécessaire. Un terme nouveau apparaît dans le dialogue interreligieux : " les droits de l'homme ".

Swamini Hamsananda Ghiri

En Inde, quand il y a côte à côte une image de la Madone et d'un dieu Krishna, les hommes passent et déposent des fleurs au deux images. Ils veulent respecter le dieu de l'autre. La paix s'établit d'abord dans nos cœurs. Un ami partage les valeurs de l'autre (sacrifices), de même que les douleurs de l'autre. Le cosmos contient une grande famille. L'amitié nait dans un cœur souriant. Quand je rencontre un homme ou une femme, je dois produire en avance de la sympathie. Cette sympathie, je dois la ressentir déjà avant la rencontre.

Lisa Palmieri Billig

Le seul chemin juste pour éviter de faux concepts fondamentaux, qui naissent de la peur c'est de découvrir la pluralité des identités. Parfois nous défendons une image qui n'existe pas. Nous avons tous des identités différentes. Il existe une injustice mondiale, un manque de droits humain ; nous acceptons la corruption. Il ne faut pas seulement donner de l'argent pour régler les situations. Nous devons aller vers une plus grande responsabilité, poursuivre nos efforts jusqu'à la réalisation du projet. Avec une responsabilité plus sérieuse, beaucoup d'abus et de corruption peuvent être combattus. L'identité est également collective.

Père William Skudlarek

Un facteur essentiel est bien l'expérience ! Quand Jean Paul II a rassemblé à Assise les dirigeants des différentes religions dans le but de prier pour la paix dans le monde, cela a montré au monde que les religions peuvent se rencontrer autrement qu'à travers des conflits.
C'est la force dans les gestes symboliques.
Un moine bouddhiste voulait faire une marche de New Orleans jusqu'au Canada. Il devait faire cette marche sans argent. Il tomba malade, avec une hépatite, mais voulut continuer malgré la maladie. J'ai décidé de l'accompagner ; j'avais un peu d'argent, un billet de 50 dollars. Beaucoup de gens voulaient nous offrir des douceurs. " Non, nous voulons simplement marcher ensemble " et nous marchions ensemble. Un dimanche nous sommes allés à la Messe. Il y avait une collecte pour des femmes pauvres. Mon ami me disait de donner le billet de 50 dollars. Je l'ai donné. Alors arrive une femme, elle considère que notre geste était merveilleux et elle me donne 20 dollars. Une autre femme nous dit la même chose et elle aussi nous donne 20 dollars. Marcher ensemble est le chemin. Partager ensemble des expériences est le devoir d'hommes de cultures différentes.
 

7.3 Thème 3. " Le Problème de l'identité "

Ajahn Chandapalo.

Rester prudent, ne rien mettre en avant, ne rien mélanger. Avoir des doutes et ne pas être sûr c'est normal. De quoi pouvons- nous être vraiment sûrs ? Nos valeurs principales sont la foi, la sagesse, la joie et la détente ; elles doivent se tenir en équilibre. Le monde occidental a une compréhension plus intellectuelle de la religion sans pratique. Mais la foi a besoin d'être pratiquée car la pratique développe une compréhension plus grande de la religion et de l'échange. Des occidentaux avaient fait un séjour dans un monastère bouddhiste. C'était Noël et ils étaient tristes car ils auraient préféré aller dans un monastère occidental. Mais le Maître le remarqua et leur dit simplement ce dont ils avaient besoin et il leur dit " C'est un Noël Bouddhiste !". Vivre notre foi dans la profondeur, sans dogmes, et rester ouvert malgré tout.

Adane Mokrani

La vie est un risque : pluralisme n'est pas syncrétisme. Pluralisme c'est aimer plus. Ou est né le chapelet ? Il est présent dans plusieurs religions. L'inter- religion prend son ancrage dans la religion même. Cela signifie pour la théologie de pénétrer des terres inconnues. Il s'agit de gagner de la sympathie profonde pour les autres religions.
Swamini Hamsananda Ghiri
Quand un étranger vient il nous pose des questions. Il s'en suit des réponses. Mais le dialogue s'adresse à notre peur, la peur de perdre. Elle nous sépare de l'autre. Toi et moi, nous sommes " un " devant le cœur, le cœur divin en nous. Toi et moi nous nous inclinons devant le divin.

Lisa Palmieri Billig

Nathan le sage a un anneau pour ses trois fils. Il fait faire deux autres anneaux exactement pareils et en donne un à chacun de ses fils sans jamais dire lequel était l'anneau original. Il y a la nécessité d'une identité forte. Au cœur de notre identité se trouve une source commune. Traitons-la avec prudence et calme. Je suis née juive et je mourrai juive, mais cela ne doit pas m'empêcher de m'intéresser aux autres. Il y a une différence entre évangéliser et prosélytisme. Un dialogue doit se réaliser entre partenaires égaux.

Père William Skudlarek

Il y a qu'un mot : " AMEN "
DIEU - TRINITÉ est DIALOGUE ; DIALOGUE est le CŒUR.
Justement, nous pouvons découvrir notre identité à travers le dialogue. Le dialogue est un autre mot pour relation : " Le bon samaritain ". Permettons à tout homme et toute femme d'aller leur propre chemin !

Modérateur de la table ronde et expert en religions émergeantes

En conclusion :Le dialogue avec d'autres religions peut nous permettre de découvrir autre chose. Ce dialogue est important avec notre jeune génération, qui justement est à la recherche d'une religion comme un idéal.

 

8. Les visites

8.1 Dimanche déplacement vers la place St Pierre.

La foule acclame le Pape dans la joie et le calme. Nous chantons l'Angélus avec lui. Il vient de présider le synode des évêques d'Afrique. On observe de nombreux groupes de pèlerins et de fidèles. A chacun le pape adresse sa bénédiction : des vénézuéliens ; un groupe de motards (ils font rugir leurs motos à la fin du discours) ; un groupe arborant une bannière sur laquelle on peut lire (traduction approx) " la pucelle vaincra " ; et, à la fin, quelques mots d'encouragement pour les oblats !


8.2 Mardi départ vers Subiaco. C'est le lieu où séjourna St Benoît pendant 3 ans comme ermite. Subiaco est à 100 km (approx) à l'Est de Rome. Le monastère est situé à flanc de montagne, littéralement accroché à la paroi, à 600 m. d'altitude. L'église et les bâtiments sont superposés. De belles fresques, relatant la vie de St Benoit et illustrant des pages de l'Evangile couvrent les murs. La communauté comprend 5 ou 6 moines. Notre guide est un postulant du Québec.
 

8.3 Jeudi, journée au Mont - Cassin.

Le monastère de Montecassino se trouve à 150 km (approx) au Sud - Est de Rome à 600 m. d'altitude. St Benoit vécut ici jusqu'à sa mort. Il y rédigea la Règle. Ce monastère a eu une longue histoire mouvementée dont sa destruction quasi totale par l'aviation alliée en février 1944. Reconstruit à l'identique par le gouvernement dans les années 1950, il exprime la renaissance de l'Italie après la guerre. Les catholiques américains ont contribué à son financement. Il comprend une très grande basilique baroque richement décorée, plusieurs chapelles, un musée et de nombreux bâtiments annexes (séminaire, noviciat, hôtellerie, ...). Dans la basilique, derrière le maître autel, reposent les reliques du Saint. La messe est célébrée en grande solennité par Dom Vittorelli, archi - abbé (?) du monastère, dans un style pré-Vatican 2 car il célèbre en latin de dos aux fidèles. Nous renouvelons nos engagements d'oblature. Les moines chantent en grégorien soutenus discrètement par un puissant orgue derrière le maître - autel. La scola des oblats apporte sa contribution au chant des moines. Les 250 délégués et plusieurs personnalités de l'Eglise sont accueillis pour déjeuner dans un immense réfectoire. Nous sommes servis par les moines et par une équipe de jeunes messieurs en uniforme : chemise bleue à épaulettes, badge, pantalon moulant, ... Sont-ce les oblats du Mont Cassin ? Nous rentrons vers Rome et le Centre Salésianum par soleil couchant.
 

8.4 Vendredi, journée à Sant' Anselmo.

(Document remis aux oblats pour la prière silencieuse et la marche vers Sant'Anselmo)
PROCESSION SILENCIEUSE

Seigneur, nous venons à Toi,
Comme le dit le prophète Isaïe,
Nous tous, hommes et femmes,
Religions du monde
et l'Univers avec tous ces créatures.
Seigneur, nous sommes tous le Tu,
Le Tu fraternel prononcé par Toi,
L'unique et immense Je d'amour.
Fais, Seigneur, que dans le dialogue entre nous,
Que dans la rencontre exigeante et authentique entre les religions et les cultures,
Nous puissions purifier nos racines
Pour qu'elles produisent des fleurs et des de paix.
Fais que dans notre dialogue fraternel et amical
Chacun de nous, oblat du monde, devienne
Plein d'amour pour Dieu, pour l'Homme et le cosmos,
Un triple amour en un seul souffle.
Telle est la prière silencieuse que ce soir nous vous proposons sur le chemin silencieux qui, du jardin des Roses, monte sur l'Aventin jusqu'à l'Abbaye primatiale de Saint-Anselme. Une prière silencieuse que chacun de nous fera dans la demeure secrète de son cœur, et qui est d'autant plus nécessaire que notre monde change sous nos yeux stupéfaits et inquiets, où à coté de l'église nous voyons se dresser la mosquée, à l'ombre des campaniles les temples bouddhistes, et à côté de la synagogue le temple hindouiste.

Une prière pour dire des choses importantes :

- pour dire non au conflit entre les religions et au 'choc des cultures', et au contraire pour dire oui au dialogue fraternel qui sache et veuille réconcilier les diversités et conduire à la convivialité des différences.
- Pour dire non à l'exclusion de l'étranger et de l'immigré, et au contraire dire oui à l'accueil fraternel et au partage d'une citoyenneté sans discriminations.
- Pour dire non à l'exploitation sauvage de la terre, de l'eau, de l'air et des créatures, qui mène à la destruction de la planète, et au contraire dire oui au respect de l'environnement dans un nouveau style de vie inspiré par la sobriété.
- Enfin, pour dire non à la tristesse qui rend nos vies toujours plus opaques, et dire oui à la joie spirituelle et humaine des Fils de Dieu et des Frères et Sœurs de toutes créatures.
Telle est notre prière, d'autant plus intense et brûlante que nous observons les étapes de notre chemin. Nous partons du jardin des Roses, qui fleurit sur l'emplacement d'un ancien cimetière juif ; ces fleurs, nous les offrirons, à l'heure suggestive du coucher du soleil, en hommage à nos frères qui ont fait l'expérience du mal absolu de la Shoah.
Et, du Jardin des Roses, les oblats provenant de toutes les parties du monde tourneront leurs regards vers le Circo Massimo, lieu des plus cruelles persécutions des premiers chrétiens, et symbole des persécutions que des chrétiens subissent aujourd'hui encore en diverses parties du monde. En ce lieu, nous penserons aux persécutions que souffrent des adeptes de toutes les religions, et aussi les victimes, en particulier en Iran, des fondamentalismes religieux.
Nous monterons les pentes de l'Aventin, et nous arrêterons un moment devant la basilique Sainte- Sabine qui aujourd'hui encore évoque, dans la mosaïque da sa façade intérieure qui date du V° siècle, les premiers siècles du christianisme, avec d'un côté les fidèles d'origine juive et de l'autre ceux qui venaient des gentils.
La dernière station de notre pèlerinage silencieux sera l'Abbaye de Saint-Anselme, ou l'Abbé Primat, le Père Notker Wolf, nous accueillera en nous adressant un bref salut, et en ayant à ses côtés un oblat et une oblate, symbole précieux d'une harmonie que nous voulons toujours rechercher et toujours rendre plus belle.
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L'institution Sant' Anselmo a été fondée à la demande du Pape Léon Xll pour assurer la coordination entre les congrégations bénédictines à échelle mondiale. Elle est dirigée par l'Abbé Primat, le Père Notker Wolf. L'institution comprend un monastère, un collège pour la formation des moines, des facultés de philosophie, de théologie et de liturgie et une bibliothèque de 180.000 ouvrages. Ce deuxième congrès mondial a été organisé à la demande et sous l'impulsion de l'Abbé Primat en s'appuyant sur les moyens matériels et surtout humains de Sant Anselmo, et notamment de son secrétaire particulier le Père Henry O'Shea. A la fin du repas pris au Salésianum, et avant de partir vers Sant' Anselmo, l'Abbé Primat salue chacun de nous et nous offre un cadeau (un carreau de faïence symbolisant le thème du congrès). Il nous indique qu'il arrive du monastère du Bec où a été célébré le 1000ième anniversaire d'un des fondateurs, l'Abbé Lanfranc. Il y a rencontré les abbés de France dont notre père abbé, frère Jacques Damestoy. Les cars nous déposent sur la colline de l'Aventin à proximité de Sant'Anselmo, et nous poursuivons notre marche en silence jusqu'au monastère. Nous visitons l'abbaye, très claire et lumineuse, de style byzantin par ses mosaïques, et la bibliothèque. Dans le cloitre une statue de St Anselme semble scruter les visiteurs. Les moines, les étudiants et les oblats chantent les Vêpres. Le monastère nous offre un excellent buffet servi dans les allées du cloître. L'ambiance est paisible. De petits groupes d'oblats, de moines se forment et parlent doucement. Nous nous dirigeons vers un amphithéâtre pour le concert. Le Père Notker Wolf (flute traversière), Sr Veronica Wong, Coréenne (violon) et deux moines de Sant Anselmo (piano) jouent des morceaux de Pergolèse, Haydn, Mozart et de Pachelbel (?). C'est de très bon niveau ! Les invités applaudissent avec joie mais les musiciens gardent leur réserve !
 
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Ces visites font ressortir trois contrastes saisissants de la présence de St Benoît dans le monde :
* le Subiaco des origines : une église / monastère dans un lieu sauvage, inaccessible; quelques fresques expriment des pages de l'Evangile; la vie de St Benoît, 6 moines...
* le Montcassino évoque un "bunker" : expression de la puissance d'une église catholique "nationale", traditionnelle, fierté retrouvée de l'Italie après la défaite ? ...
* San' Anselmo rayonne : église de style byzantin exprimant ses racines avec les pères de l'Eglise; concentration d'intelligence, attitude de modestie et de réserve, ouverture au monde, recrutement de novices de plus 40 nationalités, dynamique vers le futur ...


9. Les rencontres (Pierre)

- lors de l'Eucharistie deux jeunes japonaises m'adressent en Japonais un discret "shu no hejwa" qui signifie "God of Peace" (la paix du Christ). Elles sont catholiques depuis 5 ans. A ma demande elles écrivent dans mon carnet le Notre Père en japonais phonétisé avec l'alphabet latin.
- je fais la connaissance d'un Hollandais. Il est oblat d'un monastère du Nord de la Hollande tout en restant protestant "centriste". Un ami catholique lui a communiqué le programme de ce congrès. Dans son milieu (hauts fonctionnaires, libéraux, agnostiques et athées) il est considéré comme un "excentrique" de pratiquer sa religion !
- un grand moine souriant vient vers moi et m'aborde en bon français. Il a repéré que j'étais de Belloc. Il s'appelle Jordi Casamayor. Il est moine et prêtre à l'Abbaye de Montserrat en Catalogne. C'est l'accompagnateur spirituel de la délégation espagnole. Il me demande des nouvelles de moines de Belloc qu'il a connu il y a quelques années. Ne sachant pas bien lui répondre je lui recommande de lire " Des hommes travaillés par Dieu ; Histoire de l'Abbaye de Belloc" du Père Marc et lui donne les références!
- deux dames américaines (Texas), originaires des Philippines, me demandent des renseignements pour faire le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Elles m'apprennent quelques mots dans la langue originelle de leur pays.
- le père Louis - Marie Tressol, moine africain de Ker Moussa au Sénégal, continue de me raconter la vie dans son pays; comment les musulmans du Sénégal remplissent les églises catholiques pour la beauté des cérémonies et pour entendre la Parole de Dieu. Il explique devant tout le monde ce que veut dire OSB : "On Se Ballade"! Eclat de rire !
- j'ai quelques échanges avec un monsieur anglais très sérieux. Il était anglican mais il est devenu catholique à cause de l'unité des chrétiens incarnée par le Pape.
- quand j'ai du mal a expliquer où se trouve Belloc, je dis "à 90 km de Lourdes" : alors les visages s'éclairent !
 

10. Les groupes linguistiques

Les 250 délégués se sont répartis en groupes nationaux et linguistiques. Il s'agit de réfléchir sur les thématiques, d'établir des synthèses et de faire remonter des propositions. Il y a 3 à 4 groupes anglophones (USA), 1 anglais (UK), 1 italien, 1 allemand, 1 espagnol, et 1 francophone. Voici quelques phrases fortes :
Le groupe USA :
- amitié en Dieu et avec les autres
- nous nous découvrons cousins
- donations de fidèles américains à leurs monastères en cette période de crise économique
- devoir de se faire connaître aux autres

Le groupe espagnol :
- dialogue avec les autres religions sans imposer sa Foi tout en restant fidèles à la nôtre
- approfondir la Règle de St Benoît
- comment s'entendre avec des personnes qu'on n'aime pas
Le groupe allemand :
- intégrer la Lectio Divina dans la vie de tous les jours
- adopter un style de vie simple, ne pas s'encombrer de trop de "bagages"
- prendre au sérieux les messages des autres religions, mais comment prétendre s'approcher des non - chrétiens alors que nous (chrétiens) sommes divisés ; en Allemagne, les protestants peuvent se sentir chrétiens de 2ième classe par rapport aux catholiques
- demeurer en recherche toute notre vie
Basilius Ullman O.Cist. de Langwaden: " La nostalgie apprend à prier ". La question n'est pas comment être contemplatif, mais comment entretenir l'attitude contemplative dans la vie active.
Le groupe anglais :
- le monastère "sans murs" est un concept difficile (réf. à l'exposé de Lawrence Freeman : "l'oblat contemplatif aujourd'hui")
- trouver l'équilibre entre "Lectio Divina" et prière contemplative
- se mettre en silence total avant l'Office
- l'importance de la prière sans paroles. Nous nous compliquons la vie de vouloir toujours parler. Comment pouvons-nous écouter Dieu si nous parlons tout le temps
- supprimer les préjugés; accepter d'être vulnérable dans le dialogue avec les autres même si cela nous fait mal
- le dialogue avec les croyants peut nous aider à approfondir notre propre religion
- Il est urgent d'entreprendre le dialogue avec les jeunes en tenant compte de leurs "idoles" : chanteurs, stars de cinéma, de TV, ...
- y a-t'il un rôle prophétique pour les oblats ?
- constat que dans certains monastères le nombre de moines diminue alors que les oblats augmentent.
Le groupe italien :
-très satisfaits du congrès
- l'écoute religieuse doit se faire dans un climat de silence
- l'écoute religieuse permet d'approfondir sa Foi
- le congrès nous a permis de rencontrer le Seigneur

Le groupe francophone (20 français de 10 monastères), 3 canadiens (du Québec), 1 suisse, 2 belges, 1 sénégalais, 1 hollandais
- savourer la Parole de Dieu en communauté
- nécessité de dissiper sa peur pour établir un vrai dialogue inter - religieux
- proposition d'organiser le prochain Congrès à Lourdes ou à Montréal
-souhait d'améliorer la présence du français : textes, liturgie, échanges (Il est fait ici référence à la difficulté des Français de notre groupe de communiquer en anglais)
-une discussion interne aborde le besoin de mettre en place une structure permanente de liaison entre les oblatures. Pour quelle finalité ? Quelle est la position de l'Abbé Primat ? Celle des Abbés ? Le groupe se dit ouvert à toutes propositions mais avec l'accord des Abbés.
 

11. L'organisation et les animateurs

Le succès de ce Congrès est dû aussi au bon fonctionnement de deux équipes travaillant en étroite coordination : l'équipe du Centre Salésianum, chargée de l'hôtellerie, des salles de réunion, du grand auditorium, des équipements de projection, de l'accès à l'Internet, etc, et l'autre, constituée de personnes et de services de San't Anselmo. C'est le père Henry O'Shea (OSB), résident à Sant' Anselmo et secrétaire particulier de l'Abbé Primat qui a assuré la plupart des présidences des sessions plénières, réalisé les synthèses, animé les débats, et cela grâce à sa maitrise de l'anglais (bien sûr), de l'italien, de l'allemand, de l'espagnol, et du français (avec quelques hésitations !). Esprit fin, humoriste, il savait nous détendre et nous enthousiasmer par des histoires drôles et pertinentes ! Il était secondé par Zina Neagle, oblate d'Ealing Monastry à Londres. Elle s'occupait de tous les détails : annonces de la journée, modifications de programme, réponses aux demandes des oblats, ... A la dernière session ils ont été longuement applaudis.


12 En guise de conclusions, quelques mots du Père Notker Wolf.

L'insécurité et la peur collectives masquent la quête de Dieu. La vie matérielle quotidienne ne suffit plus pour remplir sa vie. Comment vais-je faire face à Dieu à ma mort ? Les gens cherchent la spiritualité mais sans dogmes ni institutions. Ils sont en quête d'une spiritualité personnelle mais pas d'une spiritualité commune. De retour de l'Abbaye du Bec, il prend davantage conscience de la nécessité de l'ouverture au monde moderne. Ouvrons nos cœurs aux dimensions du Cœur Infini de Jésus. Il souhaite garder le contact avec les oblats. Il veut intégrer une "politique des oblats" dans son Conseil, car les oblats sont devenus importants pour les monastères, les autres oblats et le monde. Sa vision spirituelle : Dieu est le centre de l'unité du monde; nous devons nous renouveler continuellement; la Foi fait partie de la vie communautaire. A la fin du concert il nous adresse un chaleureux adieu : "adressez à vos familles l'amour d'un petit homme au grand cœur" !
Barbara Bauer
Pierre Ricard
Belloc, Novembre 2009
http://www.benedictine-oblates.org/2009/index-en.htm