Les Monastères Bénédictins d'Urt
   Sainte Scholastique

   
 
N.D. de Belloc  














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Évangile et règles

Qu'est-ce qu'une Règle monastique ? Qu'est-ce que la Règle de saint Benoît ?

La règle des moines, c'est avant tout et essentiellement : l'évangile, disons l'Écriture mais tout spécialement le message du Seigneur Jésus Christ et des Apôtres Et si par malheur, les moines venaient à mettre une règle monastique quelconque, fût-ce celle de saint Benoît, à la place de l'Évangile, ces moines devraient alors prendre très au sérieux pour eux-mêmes le vigoureux avertissement que l'Apôtre saint Paul adressait en son temps, aux chrétiens de Galatie :

« Je m'étonne que si vite, vous abandonniez Celui qui vous a appelés par la grâce du Christ , pour passer à un second évangile… et si nous-mêmes ou un ange de Dieu vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème ! Nous l'avons déjà dit, et aujourd'hui je le répète : si quelqu'un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu : qu'il soit anathème ! » (saint Paul, épître aux Colossiens 1,6.8-9).

Une règle monastique ou autre qui aurait la prétention de se présenter comme supplantant ou améliorant ou perfectionnant ou complétant le seul Évangile, tomberait aussitôt sous la condamnation de l'Apôtre :

« Ne prends pas; ne goûte pas; ne touche pas; … voilà bien les prescriptions et les doctrines des hommes. Ces sortes de règles peuvent faire figure de sagesse par leur affectation de religiosité et d'humilité qui ne ménage pas le corps; en fait, elles n'ont aucune valeur pour l'insolence de la chair » (saint Paul aux chrétiens de Colosses 2, 16-23).

Si règles il y a, ce ne peut être que celles que les Apôtres ont enseignées. Ainsi saint Paul écrit par exemple, aux chrétiens de Corinthe :

« …je vous ai envoyé Timothée mon fils bien aimé et fidèle dans le Seigneur; il vous rappellera mes règles de conduite dans le Christ, telles que je les enseigne partout dans toutes les églises » (1 Cor. 4, 17).

Saint Benoît a écrit une Règle des moines. Il présente son écrit, fruit de son expérience et de son charisme, comme un ensemble de dispositions pratiques, qui lui paraissent les plus adaptées pour les cénobites tels qu'ils sont reconnus par l'Église dans leur genre de vie, pour les aider à vivre selon l'Évangile. Des dispositions : c'est le mot qu'il emploie une douzaine de fois, non pour inventer, encore moins imposer dans l'Église une nouveauté, mais pour aider, très précisément en « inculturant » une vie selon l'Évangile connue et reconnue depuis des siècles déjà dans l'Église, spécialement en Orient. Son seul but est d'aider à vivre, dans ce genre de vie, selon l'Évangile :

« Ceignons-nous donc de la foi, ainsi que de l'observance des bonnes œuvres; et marchons sur le chemin où l'Évangile nous guide… » (Prologue 21)

ou encore :

« Nous avons écrit cette règle afin qu'en l'observant dans les monastères nous montrions quelque peu que nous avons une vie honnête et un commencement d'observance.

Par ailleurs, pour qui se hâte vers la perfection de la vie monastique, il y a les doctrines des saints Pères dont la pratique conduira l'homme aux sommets de la perfection. Quelle page en effet, quelle parole d'autorité divine, de l'Ancien ou du Nouveau Testament, ne constitue pas la règle la plus rapide pour la vie humaine ? Ou quel livre des saints Pères catholiques n'enseigne clairement comment parvenir d'une course directe à notre Créateur ? Et les Conférences des Pères, leurs Institutions et leurs Vies, ou la règle de notre bienheureux Père saint Basile, que sont elles sinon des instruments de vertu, légués par des moines courageux et obéissants ? » (Règle 73, 2-6)

La Règle des moines, c'est aussi la longue tradition des moines qui en des temps différents, en des lieux différents, ont essayé de vivre du charisme monastique. L'expérience d'un saint Pacôme en Égypte, d'un saint Martin en Gaule, d'un saint Colomban, moine missionnaire Irlandais en Gaule, d'un saint Grégoire le Grand, moine avant d'être clerc et Pape (590-604), et l'expérience écrite de tous les autres, c'est aussi cela, la Règle des moines. Saint Benoît évoque tel ou tel de ses prédécesseurs : saint Jean Cassien, saint Basile, les paroles recueillies des premiers moines. Pour eux aussi évidemment, la règle c'était d'abord l'évangile. Il n'y a qu'à lire ce qu'on appelle les règles monastiques (grandes règles, petites règles) de saint Basile : c'est évident. Le biographe de saint Augustin écrit : « Devenu prêtre, il institua bientôt un monastère et se mit à vivre avec des serviteurs de Dieu, selon le mode de vie et la règle établie par les Apôtres… »( Possidius, Vita Augustini 5,1 dans PL 32,37).Saint François d'Assise, bien plus tard, commencera sa règle pour les Frères mineurs par ces mots : « La règle de vie des Frères mineurs consiste à observer le saint Évangile » (2e Règle 1,1).

Le Concile Vatican II a retrouvé et rappelé cette vérité :

« La norme ultime de la vie religieuse étant de suivre le Christ de la manière proposée par l'Évangile, cette norme doit être considérée par tous les Instituts comme leur règle suprême » (Décret Perfectae caritatis 2 sur l'adaptation et le renouveau de la vie religieuse)

La Règle, c'est enfin bien évidemment, le texte écrit par saint Benoît lui-même. Mais ce texte ne se comprend pas hors de la tradition monastique, hors de l'Écriture, hors de l'Église. Cette Règle de saint Benoît a été écrite dans le milieu des monastères de Rome et autour de Rome au tournant des VIe et VIIe Siècles (hypothèse personnelle, je l'avoue), donc tardivement, puisque les premières racines du monachisme sont presque contemporaines des origines même du christianisme, en Orient. Précisément, le génie de saint Benoît a été d' « inculturer » à l'Occident une manière jusque là surtout orientale de vivre le charisme monastique : prière et Liturgie, certes, mais aussi travail et étude ; Offices courts ; journées de travail et de prière dans une juste proportion, selon les temps (saisons), selon les dons et tempéraments de chacun.

La règle de saint Benoît est imbibée de sève sapientielle. C'est une expérience chrétienne, nourrie des textes sapientiaux de l'Écriture. Le moine de saint Benoît est un sage plus qu'un charismatique.

Autre caractéristique : cette règle est la règle d'un Romain ; il l'a écrite en latin évidemment, mais surtout il a construit son monastère comme un Romain : ordre, discipline, organisation, hospitalité, sens du détail, hiérarchie… La Règle n'a rien d'un texte intemporel et pouvant être de partout et finalement de nulle part. Si enracinée dans une culture profondément typée, cette vieille Règle est encore adoptée, quinze siècles après : pratiquement, dans ces dernières cent ans, un monastère par an est né à travers les cinq continents. Ce disant, ce n'est pas l'actualité de la Règle, la jeunesse de la Règle que je veux dire, mais l'étonnant double caractère d'enracinement et d'universalité. Les valeurs humaines d'une culture sont tellement assumées par l'esprit de l'Évangile qu'elles ont universalisées.

Pour terminer, disons que de l'auteur de la Règle de saint Benoît, on ne sait rien. Dieu qui suscite la vie religieuse, sous toutes ses formes, dans l'Église, a permis qu'on ignore tout de celui qu'il avait suscité pour lancer cet immense mouvement de spiritualité en Occident d'abord et dans le monde.

Comme les vieux chênes qui ne donnent pas de vieilles feuilles au printemps, cette vieille règle donnera bien de nouveaux fruits au XXIe Siècle, « Dieu aidant » comme aime à dire saint Benoît.

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