La
gloire de Dieu, c'est l'homme vivant : " Gloria Dei, homo vivens" (saint
Irénée). Toute la vie de l'homme, ici- bas commencée, est
de glorifier Dieu. Le moine, plongeant inlassablement en ses " Gloire
à Dieu ", cherche et trouve dans la Trinité le sens et la saveur
de toute la vie. C'est la hantise des enfants de Dieu de vivre en tout au
nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La Trinité est
un mystère. Mais le mystère n'est pas impénétrable.
S'il est " incompréhensible ", c'est en ce sens que l'homme n'aura
jamais fini de le comprendre, d'entrer en lui, de le pénétrer. Nous
ne sommes en rien entrés plus réellement et plus profondément
qu'en la Trinité. Elle est notre domaine essentiel, notre royaume, notre
plus authentique milieu de vie. La Trinité en effet est tout le contraire
d'une société fermée. Elle est tout l'Amour, c'est-à-dire
tout ce qui est d'ouvert. d'accueillant. d'aspirant. Qui la prétend inaccessible
trahit la réalité de son mystère. La Trinité est essentiellement
un mystère ouvert. un mystère d'accueil : nous sommes accueillis
sans trêve au cur de la vie de Dieu et sans trêve son amour
afflue au plus secret de notre être. Nous vivons dans l'intimité
des personnes divines. Dieu, c'est l'Intime. La gloire de Dieu n'est donc pas
distante et étrangère, mais présente et familière.
Elle nous assiège, elle nous enveloppe, elle est au milieu de nous. Son
emprise aspire le moine, et fait de lui, par toute sa vie, un alléluia.
Tout chrétien entre en Trinité au jour de son baptême.
Il y entre marqué du Fils comme un enfant sauvé, ressuscité.
un enfant d'autant plus aimé qu'il a beaucoup coûté. Il y
entre avec un mot sur les lèvres. le mot appris du Fils. gagné de
lui par tous les hommes : Abba, c'est-à-dire Père! Le Pater
est le bien de tous, le titre à l'éternité, la charte de
bonheur. Il est le droit à la parole et la parole même avant laquelle
on n'a rien dit et après laquelle on n'ajoute rien. Cette parole est pour
tous la même et tous en elle ne font qu'un, mais dans la bouche de chacun,
elle a valeur unique car chacun pour le Père est un unique enfant. Le
moine plonge en ses Pater. Filialement, silencieusement, il y adore le Nom du
Père, son règne, sa volonté. L'adorant saute dans la gloire.
Il touche à Dieu directement dans l'exclusion de tout le reste. Il est
tiré du rayonnement de la gloire dans son foyer même. Plus l'homme
adore Dieu, plus il le glorifie. L'homme glorifie Dieu en rejoignant sa gloire.Tout
le poids des actes humains est qu'ils glorifient Dieu. Ils sont tous des chemins
vers lui. " Pour le saint tout est occasion" (LouisLavelle) Mais la
tentation est forte de ne rendre gloire qu'en certaines choses. L'homme bute sur
sa misère,il s'isole dans sa souffrance. il s'enferme dans son péché.
Il se cabre devant la croix. La croix pourtant est la suprême gloire
de Dieu, le signe de sa victoire sur le péché et sur la mort. Le
signe de la croix est en même temps signe de la glorieuse Trinité.
Rien plus que l'offense pardonnée, plus que la souffrance offerte, plus
que le péché vaincu ne glorifie l'amour. La gloire de Dieu c'est
le Christ. L'homme vivant, c'est lui.
|