Que
suscite en nous ce récit de la Résurrection ? Apporte-t-il un réconfort
à notre foi ? Réveille-t-il des questions troublantes qui parfois
s'agitent en notre esprit ? Mais si nous sommes venus ce matin écouter
l'annonce de la Résurrection de Jésus, n'est-ce pas parce que nous
voulons croire, au-delà de nos doutes ? N'est-ce pas parce que nous espérons
un peu de paix dans nos curs souvent inquiets ? N'est-ce pas parce que nous
guettons une lumière qui puisse éclairer notre route et celle de
l'humanité entière ?
Ce récit que nous venons
d'écouter fait, avec insistance, sept fois, référence au
tombeau de Jésus. Comment en serait-il autrement le matin de Pâques
? Marie Madeleine se rend au tombeau le premier
jour de la semaine, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre
a été enlevée du tombeau. Elle
court avertir Simon-Pierre et l'autre disciple pour leur communiquer l'inquiétante
nouvelle : on a enlevé le Seigneur de son tombeau.
Ils courent ensemble pour se rendre au tombeau. L'autre
disciple courut plus vite et arriva le premier au tombeau.
Simon-Pierre le rejoint et entre dans le tombeau.
L'autre disciple entre alors, lui qui était arrivé le premier
au tombeau.
Ce lieu est devenu incontournable.
Il signe d'abord l'échec incontestable de Jésus. Mais en lui s'expose
désormais une énigme irréfutable. En ce lieu a pris fin l'histoire
du prophète de Galilée ; mort sur la croix, il a été
enseveli dans cette anfractuosité du rocher. Mais de ce lieu surgit
maintenant une interrogation ; il s'y est passé quelque chose qu'il s'agit,
si possible, de clarifier. S'il y a eu effraction du sépulcre, pourquoi
avoir dégagé de son linceul le corps du supplicié ? Pourquoi
avoir roulé avec soin, à part, le linge qui entourait la tête.
Pierre et l'autre disciple, en silence, observent l'ordre troublant qui règne
en cette cavité mortuaire. Marie Madeleine revient plus tard, en pleurs
; elle se penche à son tour. En ce lieu où elle espérait
prendre un temps de recueillement, la voici en proie au bouleversement : le tombeau
est vide. La femme et les disciples sont confrontés à une étrange
absence. La crainte les envahit ; des questions inattendues se bousculent dans
leur esprit. Silence et souvenir leur apportent la paix.
De ce lieu,
chacun repart avec un mélange d'interrogation et d'espérance ; déjà
le disciple que Jésus aimait s'est ouvert à la lumière de
la foi. À elle seule, bien sûr, la découverte du tombeau ouvert
et vide n'aurait pas suffi à provoquer la foi. Plusieurs manifestations
de Jésus vivant viendront rendre compte de l'absence de son corps au creux
de la grotte. Cependant, à elles seules, ces rencontres n'emporteraient
pas l'adhésion. Elles pourraient au contraire générer la
suspicion, si elles n'étaient reliées à la béance
du sépulcre et à la disparition du corps. La foi pascale
naît ainsi d'une conjonction entre constatation d'une absence et manifestation
d'une présence. La foi pascale naît au rythme de l'interrogation
menée par chacun, dans une remise en cause de ses attentes et de ses déceptions.
Marie-Madeleine,
Simon-Pierre et l'autre disciple se sont ainsi disposés à recevoir
la révélation de Jésus ressuscité. Sous l'influence
de l'Esprit que le Maître leur avait promis, ils ont mené, chacun
pour sa part, travail de réflexion et de deuil. Il leur fallut se souvenir
de l'enseignement de Jésus, des signes qu'il avait posés, de ses
interprétations des Ecritures. Ils durent confesser leurs illusions, leurs
manques d'intelligence, leurs espoirs intéressés. Ils s'ouvrirent
ainsi à la lumière de Pâques.
Mais ce travail
personnel, comment imaginer qu'ils le firent indépendamment les uns des
autres ? Comment auraient-ils échappé à une confrontation
de leurs questions et de leurs doutes, de leurs hypothèses et de leurs
expériences ? Comment ne pas penser au partage d'une louange et d'une supplication
? De fait, jamais les Apôtres n'annoncèrent une certitude individuelle.
Ils proclamèrent toujours une conviction communautaire, conviction née
d'expériences vécues ensemble, au temps du ministère de Jésus
et dans les jours qui suivirent sa mort et son ensevelissement : nous, les apôtres,
nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à
Jérusalem
nous avons mangé et bu avec lui après sa
résurrection d'entre les morts.
Le tombeau ouvert et vide,
la communauté rassemblée par Jésus, ont ainsi constitué
deux lieux indissociables, indispensables à la naissance de la foi pascale.
Et en chacun de ces deux lieux, implication personnelle et adhésion communautaire
ont été nécessaires. Marie-Madeleine, Simon-Pierre, l'autre
disciple, leurs autres compagnons et les femmes qui avec eux avaient suivi Jésus,
formèrent ensemble la communauté chrétienne primitive, unie
dans la confession de Jésus ressuscité. Nous croyons grâce
à la convergence et à la conjonction de leurs témoignages,
élaborés face au vide du tombeau et dans les manifestations pascales
du Seigneur Jésus.
Comment en serait-il autrement pour nous
? Comment franchirions-nous le pas de la foi, sans une confrontation personnelle
à l'histoire et à l'enseignement de Jésus, tels que nous
les ont transmis les apôtres et les évangélistes ? Comment
adhérerions-nous au Christ, sans immersion dans la communauté qu'il
rassemble par sa Parole, par les signes de son salut, par la communication de
son Saint Esprit ?
La foi au Christ vivant suppose relation personnelle
avec Lui, le Seigneur et le Maître, dont la Parole s'adresse à chacun.
Et la foi au Christ vivant suppose tout autant insertion dans la communauté
des disciples. Les apôtres, et l'Eglise à leur suite, sont
chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que Dieu a choisi Jésus
de Nazareth, comme Juge des vivants et des morts. La foi, et le salut qu'elle
apporte, naissent de l'accueil personnel de cette annonce : tout homme qui croit
en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés.
En
ce jour de Pâques, vivons avec loyauté cette confrontation de nos
questions, de nos attentes, avec le témoignage de la découverte
du tombeau vide et de la reconnaissance de Jésus vivant par ceux qui furent
ses intimes. Réjouissons-nous de nous savoir unis à la multitude
des disciples de Jésus qui, dans le monde entier, proclament sa résurrection
d'entre les morts et le confessent Seigneur. Réjouissons-nous de recevoir
par Jésus le pardon de nos péchés et l'apaisement de nos
curs. Réjouissons-nous de vivre déjà de sa vie,
dans l'attente de notre passage en Dieu, en communion avec lui, et dans l'espérance
de sa venue dans la gloire : quand paraîtra le Christ, votre vie, alors
vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
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