Jésus est passé de ce monde à son Père. Et d’auprès de son Père, il prie pour ses disciples, il prie pour nous. Il demande que nous soit donné un autre Défenseur, l’Esprit de Dieu qui est pour toujours avec nous ».
Un Défenseur ? Mais pourquoi donc ? Pour nous assister dans notre mission.
Les Apôtres firent l’expérience de l’Esprit Défenseur dès le jour de Pentecôte et dès les premiers pas de leur aventure missionnaire. Sous l’influence de l’Esprit, ils passèrent de la crainte à l’audace ; de pusillanimes ils devinrent intrépides. Et l’évangile a retenti en toute langue et en toute culture ; il a suscité partout des communautés de foi et d’amour, rassemblées dans l’esprit du Christ ressuscité.
Sous l’influence de l’Esprit, Paul entra dans les vues de Dieu, en ne s’arrêtant pas aux prescriptions de la Loi donnée à Israël.
Paul ouvrit les portes des communautés aux hommes et aux femmes venus du monde païen, sans les obliger à se soumettre aux pratiques juives. Ainsi l’évangile est-il parvenu jusqu’à nous, pour que nous en vivions et pour que nous en témoignions.
Mais sans notre consentement à l’Esprit Défenseur, sans notre coopération avec Lui, comment dépasserions-nous nos craintes ? Comment l’évangile poursuivrait-il sa course ?
Un autre Défenseur sera pour toujours avec vous.
Un Défenseur, mais contre qui ?
L’Eglise a rencontré dès le début, et elle rencontre au long de son histoire, des opposants qui cherchent à la marginaliser sinon à l’éliminer. Depuis les persécutions des premiers siècles jusqu’à celles qui sont infligées aujourd’hui à nos frères et sœurs chrétiens, sous des régimes politiques qui redoutent la force contestatrice de l’évangile, des hommes et des femmes de toutes conditions, risquent beaucoup, et jusqu’à leur vie même, pour demeurer fidèles à leur Seigneur et Sauveur, le Christ Jésus. Dans leur faiblesse se déploie la force de l’esprit.
Comment la même force ne se déploierait-elle pas en nous, si nous savons l’accueillir et coopérer avec elle du sein de notre faiblesse, pour être témoins de l’évangile dans une société marquée par l’indifférence et par le pluralisme respectable des croyances religieuses et des appartenances philosophiques ?
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur.
De quelles menaces aurions-nous donc besoin d’être protégés ?
L’Eglise, au long de son histoire, fait l’expérience de défaillances et même de scandales. Comment s’en étonner, constituée qu’elle est de pécheurs en chemin de conversion ? Mais pourrait-elle se résigner aux blessures et défigurations qu’elle s’inflige à elle-même ?
Le Défenseur fait alors se lever d’humbles prophètes qui, avec charité et fermeté, admonestent les communautés et les pasteurs infidèles à leur mission.
Sous l’influence de l’Esprit, des hommes et des femmes amorcent un mouvement de conversion profonde. Du sein des remous et des tempêtes, est suscité un élan nouveau dans lequel se conjuguent ferveur spirituelle et zèle missionnaire.
Mais comment cela adviendrait-il si chacun des disciples de Jésus, chacun et chacune de nous, n’avait à cœur de se rendre docile à l’action de l’Esprit Défenseur ?
Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.
La participation à la liturgie, la prière personnelle dans laquelle nous crions vers le Père en l’appelant ‘Abba’, la vie fraternelle, tout cela nous dispose à l’accueil de l’Esprit. Sa Présence peut alors nous investir de plus en plus et nous faire grandir selon notre identité filiale. Nous devenons aptes à construire des relations fraternelles. L’amour peut alors rayonner de nous et de nos communautés.
L’esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Promesse faite, promesse tenue. L’Eglise l’expérimenta dès les premières controverses théologiques et disciplinaires auxquelles elle se trouva affrontée. Sous l’influence de l’Esprit, elle s’ouvrit de plus en plus au mystère du Christ, homme en tout semblable à nous et authentique Fils de Dieu. Au prix de laborieuses réflexions, en persévérant dans la prière et la conversion à l’évangile, l’église se rend docile à l’Esprit qui vient de Dieu. Habitée par l’évangile du salut elle cherche à le présenter à la multitude, puisqu’il est destiné à tous.
Mais sans notre adhésion et notre coopération, comment ce salut produirait-il aujourd’hui ses fruits en nous ?
Comment lui permettrions-nous d’atteindre ceux qui ne se savent pas aimés par Dieu ?
Tous ceux qui se laissent conduire par l’esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Dieu seul sait qui sont ceux-là. Dieu seul discerne leur action. Mais comment douter qu’ils ne soient légion. Ils ne se trouvent pas seulement dans nos rangs, mais aussi en toute autre confession chrétienne, en toute religion, en tout mouvement qui œuvre en faveur de la solidarité, de la justice et de la paix, selon ce qu’a dit le prophète Joël, à qui Pierre se réfère le jour de la Pentecôte : il se fera dans les derniers jours que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Comment dès lors, conduite par l’esprit de Dieu, l’Eglise n’irait-elle pas à la rencontre des chercheurs de Dieu et de tous les hommes et femmes de bonne volonté, comment ne dialoguerait-elle pas avec les autres religions, sans déprécier ni relativiser, bien sûr, le don unique et incomparable qui lui est accordé, mais en cherchant aussi à reconnaître le don que Dieu fait aux autres de son Esprit ?
C’est avec nous que le Défenseur agit dans nos vies personnelles et dans l’Eglise. Dieu ne nous abandonne pas à nos faiblesses et étroitesses, à nos enfermements et errements. Il respecte notre liberté.
Consentement ou résistance à l’Esprit Saint relèvent de notre responsabilité en même temps que de la grâce.
Il nous revient toujours de tuer les désordres de l’homme pécheur, pour nous ouvrir à l’Esprit et vivre sous sa mouvance.
Il nous incombe de le laisser nous défendre contre nos découragements et lassitudes, lorsque nous hésitons à poursuivre le labeur difficile de notre mission le travail non moins difficile de notre conversion.
Bénissons Dieu, frères et sœurs, pour le don de son Saint Esprit qui agit en nous et dans l’église.
Et prions-le de nous rendre de plus en plus dociles à son influence. Ainsi témoignerons-nous de la bonne nouvelle du salut, dans la joie de nous savoir héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire.
Jésus nous a promis sa prière. Il tiendra jusqu’au bout sa promesse : l’Esprit Défenseur nous est offert aujourd’hui.
|