La
brève évocation de l'histoire de Dieu avec son peuple, nous a conduits
de la création à la résurrection. Le sens de notre existence
personnelle, le sens de l'aventure de l'humanité entière s'y trouve
dessiné à grands traits. Cette révélation suscite
en nous émerveillement et action de grâce. Oui, Dieu qui n'a aucun
besoin de déployer sa gloire, appelle à l'existence un univers immense
et beau. Dieu qui n'a aucun besoin de partager son amour, crée une humanité
capable de le connaître et de consentir à son amour. Dieu, Père,
Fils, Esprit Saint, plénitude de communion, ouvre l'espace infini de son
mystère pour y accueillir ceux qu'il crée à son image, selon
sa ressemblance.
Le poème de la création évoque
une délibération de Dieu en lui-même, avant la création
de l'homme selon sa double composante, masculine et féminine : faisons
l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Puis Dieu passe à
l'action : à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
Dieu s'adresse ensuite à l'homme et à la femme comme à des
interlocuteurs qui peuvent comprendre ce qui leur est dit : Dieu les bénit
et leur dit 'soyez féconds et multipliez-vous'. Cette bénédiction
créatrice se déploie sur toute l'humanité, de son origine
à son accomplissement. Dieu donne une mission à l'homme et à
la femme, en faisant appel à leur responsabilité. Placée
au sommet de la création, voulue comme son couronnement, l'humanité
doit se maintenir à son rang, par la maîtrise et la gestion de ce
qui lui est confié, et dans le respect de son identité particulière.
Consciente de ses capacités, les découvrant au fur et à mesure
de son admirable et laborieux développement, l'humanité acquiert
un pouvoir de plus en plus considérable, non seulement sur son environnement,
mais aussi sur elle-même. Elle peut s'en trouver saisie de vertige.
Comment va-t-elle réguler avec sagesse son pouvoir, si elle oublie
sa propre dignité, si elle s'aventure dans la manipulation de ses gènes,
avec l'intention de sélectionner les enfants qui correspondent à
ses désirs ? Comment va-t-elle résister à la tentation
de tout essayer sur elle, si elle oublie qu'elle est image de Dieu, appelée
à entrer dans la ressemblance avec Dieu ? Il importe donc au plus haut
point que l'humanité saisisse à quoi elle est appelée du
fait d'être créée à l'image de Dieu, selon sa ressemblance.
Dieu le lui découvre au long d'une histoire d'alliance. Alliance inaugurée
avec Israël, mais au bénéfice de tous les peuples. Dieu s'offre
aux hommes pour leur donner de pouvoir s'offrir à Lui, dans une réciprocité
d'amour ; réciprocité qui se découvrira petit à petit,
jusqu'à être pleinement révélée en Jésus,
livré sans réserve à Dieu son Père et à la
multitude de ses frères.
Abraham eut une première intuition
de cet appel lorsqu'il perçut que ce qu'il avait à offrir de plus
cher à Dieu, ce n'était pas son fils, son fils unique, mais lui-même,
dans un renoncement à la main mise sur celui qui était né
de lui. Ce renoncement a ouvert Abraham à une plénitude de bénédictions,
destinées à tous : je te comblerai de bénédictions
; toutes les nations s'adresseront l'une à l'autre la bénédiction
par le nom de ta descendance. Il importe donc au plus haut point que l'humanité
demeure ouverte à son propre mystère, porteuse qu'elle est d'un
appel venant d'au-delà d'elle-même. Comment cette bénédiction
se répandrait-elle, comment se communiquerait-elle, si des hommes s'arrogeaient
le droit de jouir des richesses de la création aux dépens de peuples
maintenus dans la servitude. Plus possessifs qu'Abraham envers son fils Isaac,
ils chercheraient à concentrer sur eux ce qui est donné à
tous. Ils s'illusionneraient en se prétendant maîtres.
C'est
pourquoi il était juste et bon pour Pharaon et son peuple, autant que pour
Israël, que Moïse fasse franchir la mer aux Hébreux. Sans quoi
les maîtres ne seraient pas devenus plus libres que les esclaves. Asservissement
à la richesse et à la puissance d'un côté, asservissement
à des dominateurs sans pitié de l'autre, défigurent l'humanité
et ne font pas droit à sa dignité. Tous les peuples sont appelés
à la liberté, en vue d'une libre reconnaissance de Dieu, en vue
d'une libre offrande d'eux-mêmes à Dieu. Les hommes accéderont
à leur pleine identité quand, ensemble, ils se tourneront vers Dieu
qui les sauve tous de la fascination de la richesse, du plaisir et du pouvoir,
et les rassemble en son Fils. Ils pourront alors entrer dans la véritable
terre promise et entonner le cantique des fils d'Israël : ma force et mon
chant, c'est le Seigneur, il est pour moi le salut.
Les prophètes
recevront l'intuition que la liberté de l'humanité, inhérente
à sa ressemblance avec Dieu, s'accomplira dans un amour entre Dieu et les
hommes, amour comparable à celui qui unit l'époux et l'épouse,
dans une tendresse partagée : ton époux, c'est ton Créateur,
" Seigneur de l'univers " est son nom. Oui, comme une femme abandonnée
et désolée, le Seigneur te rappelle. Est-ce qu'on rejette la femme
de sa jeunesse, dit le Seigneur ton Dieu ? Appel à reconnaître,
dans l'exercice même de la domination de la terre, Celui dont nous détenons
tout. Appel à nous ouvrir à Lui et à nous avancer vers
Lui, du sein de notre développement humain : Cherchez le Seigneur tant
qu'il se laisse trouver, invoquez-le tant qu'il est proche. La Sagesse en
personne est venue sur la terre pour tracer ce chemin, elle a vécu parmi
les hommes ; c'est le mystère de Jésus.
Jésus
s'est consacré au rassemblement des enfants de Dieu dispersés, accomplissant
la prophétie d'Ezéchiel : j'irai vous prendre dans toutes les nations
et je vous rassemblerai de tous les pays ; vous serez mon peuple, et moi je serai
votre Dieu. Rassemblement fondé sur la foi et opéré dans
l'amour que vivent ses disciples, purifiés et renouvelés par le
baptême : je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés
je vous donnerai un cur nouveau et un esprit nouveau
alors vous suivrez
mes lois, lois que récapitule et synthétise l'unique Loi, celle
de l'amour.
C'est pour mener avec Jésus une vie nouvelle, que
nous adhérons à lui, victorieux qu'il est du péché
et de la mort. C'est pour recevoir cette vie nouvelle, celle du Christ ressuscité,
tout donné au Père, ainsi qu'à ses frères et surs
en humanité, que nous renouvelons en cette nuit l'engagement de notre baptême.
Nous le savons, en effet, ressuscité des morts, le Christ ne meurt
plus. Il est l'homme pleinement accompli, selon l'image et la ressemblance
de Dieu. Alors nous aussi, dès les jours de notre existence terrestre,
pensons que nous sommes morts au péché, et vivants pour Dieu en
Jésus Christ. Ainsi, au long de nos années, deviendrons-nous
nous-mêmes, pour vivre à jamais dans le Christ. |