Homélie pour les obsèques du Père Xavier Diharce

 

 
Par la bouche de plusieurs prophètes, Dieu s'est proclamé Berger de son peuple.
Berger attentif à soigner son troupeau, à lui fournir tout ce qui est nécessaire à sa croissance.
Berger particulièrement vigilant à l'égard des petits et des faibles, des blessés et des égarés.
Berger désireux de rassembler sous sa houlette la multitude des humains, pour les conduire sur des bons pâturages.
Au cours de son ministère, Jésus a déclaré être ce Bon Berger, insinuant ainsi son identité et sa mission divines.
Oui, en Jésus, Dieu lui-même s'est introduit dans l'histoire des hommes ; par le comportement et la parole de Jésus, Dieu a manifesté quel Berger il est pour les hommes.
Ainsi avons-nous appris que nous ne sommes abandonnés ni aux déterminismes qui régissent l'univers, ni aux évolutions politiques, sociales, économiques, culturelles, évolutions que nous aurions à subir, sans pouvoir les marquer de notre empreinte.
Nous ne sommes pas non plus livrés aux seuls processus physiologiques de la maladie et du vieillissement. En toutes ces transformations nous sommes accompagnés, attirés, sollicités.
Un appel nous est adressé, une attirance s'exerce sur nous. Une réponse est attendue de nous.
Ainsi avançons-nous vers Dieu, sous la conduite du Bon Pasteur.
Il s'offre à nous conduire par le juste chemin, vers les prés d'herbe fraîche et les eaux tranquilles. Guidés par le Christ vivant, ressuscité, nous n'aurons à craindre aucun mal lorsque l'heure sonnera pour nous de traverser les ravins de la mort ; le Seigneur est avec nous, son bâton nous guide et nous rassure.
De Jésus, l'Église tient sa mission. En elle, par l'Esprit qu'il lui communique, le Christ continue de faire retentir l'appel de son Père.
Les communautés chrétiennes dans leur diversité, cellules familiales fondées sur le sacrement de mariage, paroisses, fraternités de religieux et de religieuses, toutes ont mission de coopérer avec Dieu à l'engendrement de ses fils et de ses filles, et à leur rassemblement dans le Christ. Avec nos familles et communautés, avec chacun et chacune de nous, le Christ, par son Esprit, veut poursuivre la mission qu'il a reçue de son Père.
Animé de cette conviction de foi, saint Benoît relie le ministère du Père Abbé à celui du Christ : on croit que l'abbé tient au monastère la place du Christ.
Au sein de la communauté, l'Abbé a charge de dispenser la Parole du Christ Pasteur, d'exercer son amour : celui qui a reçu le nom d'abbé doit, par son enseignement, diriger ses disciples de deux manières, en montrant tout ce qui est bon et saint, plus par ses actes que par ses paroles.
Telle fut la mission que, par une décision mûrie dans la prière et la réflexion, nous avons confiée au Père Xavier, en l'élisant Abbé, le 21 janvier 1972.
Père Xavier a rempli cette charge durant quinze ans. Sa tâche de maître des novices, sa charge d'hôtelier, sa fonction de Prieur, l'y avaient préparé. Qui, cependant, pourrait s'estimer à la hauteur d'une telle mission ?
Père Xavier, conscient de ses limites et de sa responsabilité, s'entoura de conseillers et de collaborateurs qui lui furent d'une grande loyauté. Quelquefois bousculé, déconcerté, voire dépassé par les perspectives qui lui étaient suggérées, Père Xavier joua résolument la carte de la confiance, tout en exerçant son discernement personnel.
Désireux de voir Belloc se renouveler dans la fidélité, Père Xavier soutint résolument la communauté dans la mise en œuvre de la réforme liturgique.
Sans trop comprendre les évolutions de notre temps, Père Xavier admit que Belloc devait s'adapter aux conditions actuelles ; il donna le feu vert pour la modernisation de l'économie du monastère ;
il impulsa un nouvel élan à l'accueil, appuya la décision de transfert de l'œuvre de Saint-Léon et la naissance du Prieuré de Marciron.
Il suivit de près la fondation du Bénin.
Et lorsque vint pour lui l'heure de renoncer à sa charge, il se mit durant 17 mois, malgré sa santé fragile, à la disposition de la communauté de Zagnanado, à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux.
Et dans son grand âge, vive fut sa souffrance de Pasteur devant l'affaiblissement de la communauté ;
mais jamais son espérance ne faiblit.
Voilà comment Père Xavier essaya de remplir son service abbatial, selon ce que prescrit saint Benoît.
Il s'appliqua à servir plus qu'à présider, à se faire aimer plus qu'à se faire craindre. Il nous enseignait avec assiduité, tirant du neuf et du vieux de l'Écriture et de la Tradition, ce qui exigeait de sa part un dépassement constant de sa timidité et de sa réserve.
Il voulait se tenir à l'écoute du Seigneur, aider la communauté et chaque frère à grandir sous le regard de Dieu, à répondre fidèlement à son appel.
Conduire des âmes et être au service d'un grand nombre avec leurs humeurs (RB 2, 31), fut la lourde tâche confiée à Père Xavier.
Sans doute n'avons-nous pas toujours eu à son égard la patience et l'indulgence que nous aurions dû lui manifester.
Mais il put aussi expérimenter, en particulier au stade de sa grande dépendance, notre reconnaissance, exprimée par de multiples attentions et délicatesses que seules la charité fraternelle et la reconnaissance filiale savent inventer.
Sans rien négliger de son service pastoral à l'égard d'une communauté pluriculturelle dès son origine, Père Xavier a continué de travailler, dans sa chère langue basque, à la communication de sa foi, à l'expression de son amour et de son espérance, par la poésie, la composition de cantiques, la création d'oratorios, en lien avec des musiciens de ses relations.
Sa traduction du psautier fit date dans les paroisses du Labourd et de Basse Navarre.
Tout cela lui valut son admission à l'Euskaltzaindia ; sa régularité à y siéger, tant que ses forces le lui permirent, manifestaient son attachement à l'héritage reçu et son désir de le transmettre.
Il ne nous appartient pas de juger la profondeur et la qualité du dévouement de Père Xavier dans l'exercice varié de sa mission monastique, sacerdotale, culturelle.
Il nous revient de rendre grâce et de louer Dieu de nous l'avoir donné, pour nous aider à nous laisser conduire par le Christ vers la vie éternelle, et pour contribuer à l'évangélisation de ceux qui nous sont confiés, dans le difficile contexte de sécularisation que nous connaissons.
Émerveillé d'avoir été prévenu, accompagné, guidé par l'amour du Seigneur Jésus, le Bon Pasteur, le vrai Berger, Père Xavier a puisé à cette source intarissable, la lumière et la force pour accomplir sa propre mission de pasteur.
Où trouverions-nous, chacun pour notre compte, sinon dans le Christ, inspiration, énergie, endurance, pour mener à bien la tâche qui est la nôtre, à la gloire de Dieu et pour le service de nos frères ?
C'est pour nous donner part à son mystère, pour nous faire communier à sa mission que le Christ se donne à nous dans l'évangile, et dans le pain de vie partagé en son Nom.
frère Jacques, Abbé
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