Par
la bouche de plusieurs prophètes, Dieu s'est proclamé Berger de
son peuple. Berger attentif à soigner son troupeau, à lui fournir
tout ce qui est nécessaire à sa croissance. Berger particulièrement
vigilant à l'égard des petits et des faibles, des blessés
et des égarés. Berger désireux de rassembler sous sa
houlette la multitude des humains, pour les conduire sur des bons pâturages.
Au cours de son ministère, Jésus a déclaré être
ce Bon Berger, insinuant ainsi son identité et sa mission divines. Oui,
en Jésus, Dieu lui-même s'est introduit dans l'histoire des hommes
; par le comportement et la parole de Jésus, Dieu a manifesté quel
Berger il est pour les hommes. Ainsi avons-nous appris que nous ne sommes
abandonnés ni aux déterminismes qui régissent l'univers,
ni aux évolutions politiques, sociales, économiques, culturelles,
évolutions que nous aurions à subir, sans pouvoir les marquer de
notre empreinte. Nous ne sommes pas non plus livrés aux seuls processus
physiologiques de la maladie et du vieillissement. En toutes ces transformations
nous sommes accompagnés, attirés, sollicités. Un appel
nous est adressé, une attirance s'exerce sur nous. Une réponse est
attendue de nous. Ainsi avançons-nous vers Dieu, sous la conduite du
Bon Pasteur. Il s'offre à nous conduire par le juste chemin, vers les
prés d'herbe fraîche et les eaux tranquilles. Guidés par le
Christ vivant, ressuscité, nous n'aurons à craindre aucun mal lorsque
l'heure sonnera pour nous de traverser les ravins de la mort ; le Seigneur est
avec nous, son bâton nous guide et nous rassure. De Jésus, l'Église
tient sa mission. En elle, par l'Esprit qu'il lui communique, le Christ continue
de faire retentir l'appel de son Père. Les communautés chrétiennes
dans leur diversité, cellules familiales fondées sur le sacrement
de mariage, paroisses, fraternités de religieux et de religieuses, toutes
ont mission de coopérer avec Dieu à l'engendrement de ses fils et
de ses filles, et à leur rassemblement dans le Christ. Avec nos familles
et communautés, avec chacun et chacune de nous, le Christ, par son Esprit,
veut poursuivre la mission qu'il a reçue de son Père.
Animé
de cette conviction de foi, saint Benoît relie le ministère du Père
Abbé à celui du Christ : on croit que l'abbé tient au monastère
la place du Christ. Au sein de la communauté, l'Abbé a charge
de dispenser la Parole du Christ Pasteur, d'exercer son amour : celui qui a reçu
le nom d'abbé doit, par son enseignement, diriger ses disciples de deux
manières, en montrant tout ce qui est bon et saint, plus par ses actes
que par ses paroles. Telle fut la mission que, par une décision mûrie
dans la prière et la réflexion, nous avons confiée au Père
Xavier, en l'élisant Abbé, le 21 janvier 1972.
Père
Xavier a rempli cette charge durant quinze ans. Sa tâche de maître
des novices, sa charge d'hôtelier, sa fonction de Prieur, l'y avaient préparé.
Qui, cependant, pourrait s'estimer à la hauteur d'une telle mission ? Père
Xavier, conscient de ses limites et de sa responsabilité, s'entoura de
conseillers et de collaborateurs qui lui furent d'une grande loyauté. Quelquefois
bousculé, déconcerté, voire dépassé par les
perspectives qui lui étaient suggérées, Père Xavier
joua résolument la carte de la confiance, tout en exerçant son discernement
personnel.
Désireux de voir Belloc se renouveler dans la fidélité,
Père Xavier soutint résolument la communauté dans la mise
en uvre de la réforme liturgique. Sans trop comprendre les évolutions
de notre temps, Père Xavier admit que Belloc devait s'adapter aux conditions
actuelles ; il donna le feu vert pour la modernisation de l'économie du
monastère ; il impulsa un nouvel élan à l'accueil, appuya
la décision de transfert de l'uvre de Saint-Léon et la naissance
du Prieuré de Marciron. Il suivit de près la fondation du Bénin.
Et lorsque vint pour lui l'heure de renoncer à sa charge, il se mit
durant 17 mois, malgré sa santé fragile, à la disposition
de la communauté de Zagnanado, à laquelle il tenait comme à
la prunelle de ses yeux. Et dans son grand âge, vive fut sa souffrance
de Pasteur devant l'affaiblissement de la communauté ; mais jamais
son espérance ne faiblit.
Voilà comment Père
Xavier essaya de remplir son service abbatial, selon ce que prescrit saint Benoît.
Il s'appliqua à servir plus qu'à présider, à se
faire aimer plus qu'à se faire craindre. Il nous enseignait avec assiduité,
tirant du neuf et du vieux de l'Écriture et de la Tradition, ce qui exigeait
de sa part un dépassement constant de sa timidité et de sa réserve.
Il voulait se tenir à l'écoute du Seigneur, aider la communauté
et chaque frère à grandir sous le regard de Dieu, à répondre
fidèlement à son appel. Conduire des âmes et être
au service d'un grand nombre avec leurs humeurs (RB 2, 31), fut la lourde tâche
confiée à Père Xavier. Sans doute n'avons-nous pas toujours
eu à son égard la patience et l'indulgence que nous aurions dû
lui manifester. Mais il put aussi expérimenter, en particulier au stade
de sa grande dépendance, notre reconnaissance, exprimée par de multiples
attentions et délicatesses que seules la charité fraternelle et
la reconnaissance filiale savent inventer.
Sans rien négliger
de son service pastoral à l'égard d'une communauté pluriculturelle
dès son origine, Père Xavier a continué de travailler, dans
sa chère langue basque, à la communication de sa foi, à l'expression
de son amour et de son espérance, par la poésie, la composition
de cantiques, la création d'oratorios, en lien avec des musiciens de ses
relations. Sa traduction du psautier fit date dans les paroisses du Labourd
et de Basse Navarre. Tout cela lui valut son admission à l'Euskaltzaindia
; sa régularité à y siéger, tant que ses forces le
lui permirent, manifestaient son attachement à l'héritage reçu
et son désir de le transmettre.
Il ne nous appartient pas de
juger la profondeur et la qualité du dévouement de Père Xavier
dans l'exercice varié de sa mission monastique, sacerdotale, culturelle.
Il nous revient de rendre grâce et de louer Dieu de nous l'avoir donné,
pour nous aider à nous laisser conduire par le Christ vers la vie éternelle,
et pour contribuer à l'évangélisation de ceux qui nous sont
confiés, dans le difficile contexte de sécularisation que nous connaissons.
Émerveillé
d'avoir été prévenu, accompagné, guidé par
l'amour du Seigneur Jésus, le Bon Pasteur, le vrai Berger, Père
Xavier a puisé à cette source intarissable, la lumière et
la force pour accomplir sa propre mission de pasteur.
Où trouverions-nous,
chacun pour notre compte, sinon dans le Christ, inspiration, énergie, endurance,
pour mener à bien la tâche qui est la nôtre, à la gloire
de Dieu et pour le service de nos frères ? C'est pour nous donner part
à son mystère, pour nous faire communier à sa mission que
le Christ se donne à nous dans l'évangile, et dans le pain de vie
partagé en son Nom. frère Jacques, Abbé
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