L'uvre
de Dieu est uvre d'Eglise : le moine prie dans l'Eglise. Et il prie en communauté
: il s'insère dans l'Eglise en sa communauté monastique. Le
moine s'adonne corps et âme à cette uvre sainte entre toutes
qu'est la prière de l'Eglise, la liturgie. Cette prière est toute
sa vie, et toute sa vie est cette prière : jour et nuit, au-dehors comme
au-dedans du monastère, partout où le place l'obéissance,
le moine, en toutes ses activités, ou prépare ou fait ou illustre
la liturgie.
La vie du moine se veut tout entière un culte
rendu à Dieu, un hommage de gloire, l'office développé.
La
vocation de saint Benoît est au cur de l'Eglise, là où
parle l'Epouse à l'Epoux, où elle lui dit tout son amour, où
elle l'aime dans le secret. Le moine est voué au service de cet amour,
abstrait à cette fin de la société ordinaire des hommes.
Il doit assurer dans l'Eglise la fonction de l'Epouse. Ainsi se sent-il vivre
au centre du monde, dans la réalité essentielle de l'amour, chargé
d'entretenir en permanence et au nom de tous le tête-à-tête
fondamental de l'Eglise avec son Christ, du Christ avec son Eglise.
Le
moine sait que l'Eglise ne peut être de par le monde une mère féconde
qu'en se donnant sans cesse à son Epoux, en demeurant en Lui. Il sait que
lui incombe, à lui le premier dans l'Eglise, cet échange constant
de l'amour entre ciel et terre. Le moine fait profession d'aimer. Toute sa
mission est là.
La prière chorale est le moment aigu
de cet amour. Avant toutes choses et plus que tout homme, le moine est responsable
de sa prière. La prière est son devoir d'état, on pourrait
dire son métier. Il implore avec le disciple la grâce de toute sa
vie : " Seigneur, apprends-nous à prier" (Lc 11,1).
La
prière est un combat. La longueur, la fréquence et la régularité
de l'Office divin menacent de routine ou de suffisance. Se garder de l'un
comme de l'autre écueil, en collant son âme le mieux possible, en
la coulant, en la moulant sur les paroles de prière que l'Eglise a sur
les lèvres, telle est la vraie prière. La valeur de la prière
tient essentiellement aux dispositions profondes de celui qui prie : elle dépend
de l'intensité du désir de l'homme de s'unir au Christ priant, et
de son humble sentiment de ne rendre à Dieu de toute manière par
son propre fait qu'un imparfait hommage. Le moine doit tendre ses forces à
ce chef-d'uvre d'une prière humble et aimante.
La stérilité
de la prière ne peut avoir d'autre cause que sa tiédeur ou sa suffisance,
la tiédeur ou la suffisance du cur. La prière est amour ou
elle n'est pas. Dans le Christ priant, le moine est présent au
monde en même temps qu'à Dieu. Celui qui prie monte sur la croix.
Il affronte avec le Christ toutes les forces actuelles du mal. Il oppose aux mille
affreux visages de la misère du monde la face radieuse du Christ priant
à chaque instant dans son Eglise.
Dans la conscience vive de cette
double actualité, du péché et du salut, le cur du moine
puise sa ferveur.
Le cur du moine est missionnaire. L'uvre
de Dieu, uvre d'Eglise, est apostolique.
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