" La lumière est douce et il plaît aux yeux de voir le soleil " (Qohelet 11,7)

La lumière est l'une des réalités que l'homme de la Bible préfère. Elle l'éveille chaque matin à une vie nouvelle qui resurgit. Quand elle le quitte pour la nuit, il lui semble qu'il passe au royaume de la mort. Ainsi est-elle associée à la pensée de Dieu, à la vie, au salut, à la connaissance.
Dès l'ouverture de la Bible, la lumière, le premier élément crée, apparaît comme ce qui " fait être " les choses. La séparation de la lumière et des ténèbres laisse supposer que l'obscurité du " tohu bohu " était conçue en opposition à la lumière avec laquelle elle était à l'origine confondue. Par la suite et comme un écho qui traversera tout le livre saint, la lumière bienfaisante et joyeuse sera en totale incompatibilité avec les ténèbres menaçantes ou terrifiantes.
L'apparition graduelle de la lumière à la pointe du jour fait surgir les formes, précise les dimensions et les profondeurs, leur apporte couleurs, éclats, mouvement et vie. Alors seulement tout est prêt pour l'apparition de l'homme. Ainsi cette première page de la Genèse nous offre-t-elle une profonde signification anthropologique et spirituelle ; chaque matin, à l'aide de la prière des Laudes, nous sommes invités à en refaire l'expérience.
Indépendante des " luminaires du jour et de la nuit ", la lumière n'en est pas moins une simple créature de Dieu d'où toute résonance mythique est exclue. Elle accompagne Dieu et même le revêt, selon la belle expression des psaumes. Elle désigne
Le reflet de sa gloire.
La lumière est liée à l'image de la vie, aussi est-ce tout naturellement que dans la première Alliance, Loi et connaissance sont considérées comme une lumière éclairant la route de l'homme. Mieux encore, Dieu lui-même sera la lumière des siens et la nuit n'existera plus dans le Royaume de Dieu.
A l'aube de la Nouvelle Alliance, Jésus se présente lui-même clairement : " Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de vie. " (Jn 8,12)
Les chrétiens appelés des ténèbres à la merveilleuse lumière pascale de leur Maître,
deviennent eux-mêmes " lumière du monde " et reçoivent pour mission de " briller comme des foyers de lumière dans ce monde ". (Ph 2,15)
Ce survol biblique de la lumière est nécessaire pour pénétrer la symbolique des cierges dans la liturgie chrétienne. Dès l'antiquité chrétienne, nombre de témoignages attestent la présence de cierges allumés dans les célébrations liturgiques, bien au-delà de toute nécessité pratique. Ils précèdent le ministre qui préside l'Eucharistie au Nom du Christ ; ils accompagnent le diacre pour la proclamation de l'Evangile ; ils brûlent sur l'autel et sont un signe de joie et de fête durant la célébration. Au cours des rites d'initiation, un cierge allumé est remis au néophyte après l'avoir allumé au cierge pascal. Plus tard, on établit l'usage d'une lampe qui brûle et se consume devant la réserve eucharistique indiquant une présence, et en signe d'adoration et de prière. Les cierges allumés durant les veillées funéraires sont une expression de vénération envers la dépouille mortelle d'un baptisé. La procession aux flambeaux ajoute au symbolisme du pèlerinage celui de la foi et de la vigilance. En la fête de la présentation de Jésus au Temple, les cierges évoquent le Christ " Lumière qui éclaire les peuples ", tel que le Vieillard Syméon le désigne dans l'épisode évangélique du jour.
Ainsi les multiples sens de la lumière s'entrelacent dans la liturgie et le culte. Mais le cierge pascal, parmi tous les symboles liés à la lumière est chargé de significations des plus fortes et des plus riches : il symbolise le Christ ressuscité. Il l'est d'abord par l'ampleur de ses dimensions, de 0,70cm à 1,20m de hauteur. Il l'est aussi par la noblesse de sa matière : l'emploi de la cire d'abeille est de tradition très ancienne dans l'Eglise et de stricte obligation. La cire doit être blanche. La solennelle annonce de la résurrection du Christ lors de la veillée pascale, appelée " Exultet ", chante :
" Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint, en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire (le texte d'origine en latin ajoutait ici : produit par les abeilles ) que l'Eglise t'offre par nos mains. "
Au commencement de la veillée pascale, le cierge pascal est allumé au feu nouveau, béni et encensé. Il symbolise le Christ ressuscité, lumière du monde. Chacun des fidèles présents allume son cierge à la lumière du cierge pascal, signe que la lumière du Christ est pour tous et se transmet de croyant à croyant à partir du Christ lui-même.
La procession se met en marche derrière le cierge pascal, au chant de l'acclamation :
" Lumière du Christ ". Pendant le cinquantenaire du temps pascal, le cierge sera allumé pour toutes les célébrations liturgiques pour indiquer la présence du Ressuscité au milieu des siens. Il accompagnera la vie de l'homme, du baptême aux funérailles parce que le Christ est l'Emmanuel, Dieu-avec-nous.
La petitesse de la flamme sur le cierge pascal peut sembler ridicule et pourtant elle dissipe les ténèbres, la nuit est irrémédiablement vaincue. D'autre part chacun peut allumer son cierge au cierge pascal sans que la lumière de celui-ci diminue, c'est le miracle du Ressuscité, le déjà et le pas-encore de la gloire symbolisée. Nous sommes habités par le Christ vivant mais il faut le laisser transparaître en nos vies. La colonne de feu qui ouvrait la marche des Hébreux au désert rayonnait sur les visages du peuple de Dieu, avec le Christ c'est la sève nouvelle, le printemps de Dieu, la lumière du Ressuscité qui se répand.
Un usage spécifique au Pays basque mérite, ici, d'être signalé : celui de la " cire filée " -en basque : ezkoa. La cire filée est un emblème de la vie éternelle qu'elle symbolise en même temps par sa lumière et par sa longueur qui semble infinie. On n'en faisait usage que dans les cérémonies religieuses liées aux défunts, pour affirmer la vie.
Son utilisation était réservée à la femme, qui donne la vie, l'entretient, manifeste encore sa présence au moment du passage de la vie à la Vie, et continue de cultiver le souvenir du disparu.
 
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