La lumière est l'une des réalités que l'homme de
la Bible préfère. Elle l'éveille chaque matin à
une vie nouvelle qui resurgit. Quand elle le quitte pour la nuit, il lui
semble qu'il passe au royaume de la mort. Ainsi est-elle associée
à la pensée de Dieu, à la vie, au salut, à
la connaissance.
Dès l'ouverture de la Bible, la lumière, le premier élément
crée, apparaît comme ce qui " fait être "
les choses. La séparation de la lumière et des ténèbres
laisse supposer que l'obscurité du " tohu bohu " était
conçue en opposition à la lumière avec laquelle elle
était à l'origine confondue. Par la suite et comme un écho
qui traversera tout le livre saint, la lumière bienfaisante et
joyeuse sera en totale incompatibilité avec les ténèbres
menaçantes ou terrifiantes.
L'apparition graduelle de la lumière à la pointe du jour
fait surgir les formes, précise les dimensions et les profondeurs,
leur apporte couleurs, éclats, mouvement et vie. Alors seulement
tout est prêt pour l'apparition de l'homme. Ainsi cette première
page de la Genèse nous offre-t-elle une profonde signification
anthropologique et spirituelle ; chaque matin, à l'aide de la prière
des Laudes, nous sommes invités à en refaire l'expérience.
Indépendante des " luminaires du jour et de la nuit ",
la lumière n'en est pas moins une simple créature de Dieu
d'où toute résonance mythique est exclue. Elle accompagne
Dieu et même le revêt, selon la belle expression des psaumes.
Elle désigne
Le reflet de sa gloire.
La lumière est liée à l'image de la vie, aussi est-ce
tout naturellement que dans la première Alliance, Loi et connaissance
sont considérées comme une lumière éclairant
la route de l'homme. Mieux encore, Dieu lui-même sera la lumière
des siens et la nuit n'existera plus dans le Royaume de Dieu.
A l'aube de la Nouvelle Alliance, Jésus se présente lui-même
clairement : " Je suis la lumière du monde, qui me suit ne
marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière
de vie. " (Jn 8,12)
Les chrétiens appelés des ténèbres à
la merveilleuse lumière pascale de leur Maître,
deviennent eux-mêmes " lumière du monde " et reçoivent
pour mission de " briller comme des foyers de lumière dans
ce monde ". (Ph 2,15)
Ce survol biblique de la lumière est nécessaire pour
pénétrer la symbolique des cierges dans la liturgie chrétienne.
Dès l'antiquité chrétienne, nombre de témoignages
attestent la présence de cierges allumés dans les célébrations
liturgiques, bien au-delà de toute nécessité pratique.
Ils précèdent le ministre qui préside l'Eucharistie
au Nom du Christ ; ils accompagnent le diacre pour la proclamation de
l'Evangile ; ils brûlent sur l'autel et sont un signe de joie et
de fête durant la célébration. Au cours des rites
d'initiation, un cierge allumé est remis au néophyte après
l'avoir allumé au cierge pascal. Plus tard, on établit l'usage
d'une lampe qui brûle et se consume devant la réserve eucharistique
indiquant une présence, et en signe d'adoration et de prière.
Les cierges allumés durant les veillées funéraires
sont une expression de vénération envers la dépouille
mortelle d'un baptisé. La procession aux flambeaux ajoute au symbolisme
du pèlerinage celui de la foi et de la vigilance. En la fête
de la présentation de Jésus au Temple, les cierges évoquent
le Christ " Lumière qui éclaire les peuples ",
tel que le Vieillard Syméon le désigne dans l'épisode
évangélique du jour.
Ainsi les multiples sens de la lumière s'entrelacent dans la
liturgie et le culte. Mais le cierge pascal, parmi tous les symboles liés
à la lumière est chargé de significations des plus
fortes et des plus riches : il symbolise le Christ ressuscité.
Il l'est d'abord par l'ampleur de ses dimensions, de 0,70cm à 1,20m
de hauteur. Il l'est aussi par la noblesse de sa matière : l'emploi
de la cire d'abeille est de tradition très ancienne dans l'Eglise
et de stricte obligation. La cire doit être blanche. La solennelle
annonce de la résurrection du Christ lors de la veillée
pascale, appelée " Exultet ", chante :
" Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint,
en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire (le texte
d'origine en latin ajoutait ici : produit par les abeilles ) que l'Eglise
t'offre par nos mains. "
Au commencement de la veillée pascale, le cierge pascal est allumé
au feu nouveau, béni et encensé. Il symbolise le Christ
ressuscité, lumière du monde. Chacun des fidèles
présents allume son cierge à la lumière du cierge
pascal, signe que la lumière du Christ est pour tous et se transmet
de croyant à croyant à partir du Christ lui-même.
La procession se met en marche derrière le cierge pascal, au chant
de l'acclamation :
" Lumière du Christ ". Pendant le cinquantenaire du temps
pascal, le cierge sera allumé pour toutes les célébrations
liturgiques pour indiquer la présence du Ressuscité au milieu
des siens. Il accompagnera la vie de l'homme, du baptême aux funérailles
parce que le Christ est l'Emmanuel, Dieu-avec-nous.
La petitesse de la flamme sur le cierge pascal peut sembler ridicule et
pourtant elle dissipe les ténèbres, la nuit est irrémédiablement
vaincue. D'autre part chacun peut allumer son cierge au cierge pascal
sans que la lumière de celui-ci diminue, c'est le miracle du Ressuscité,
le déjà et le pas-encore de la gloire symbolisée.
Nous sommes habités par le Christ vivant mais il faut le laisser
transparaître en nos vies. La colonne de feu qui ouvrait la marche
des Hébreux au désert rayonnait sur les visages du peuple
de Dieu, avec le Christ c'est la sève nouvelle, le printemps de
Dieu, la lumière du Ressuscité qui se répand.
Un usage spécifique au Pays basque mérite,
ici, d'être signalé : celui de la " cire filée
" -en basque : ezkoa. La cire filée est un emblème
de la vie éternelle qu'elle symbolise en même temps par sa
lumière et par sa longueur qui semble infinie. On n'en faisait
usage que dans les cérémonies religieuses liées aux
défunts, pour affirmer la vie.
Son utilisation était réservée à la femme,
qui donne la vie, l'entretient, manifeste encore sa présence au
moment du passage de la vie à la Vie, et continue de cultiver le
souvenir du disparu.
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