Le
cloître est comme l'Evangile : l'école du service. La clôture
en se fermant sur le postulant lui ouvre les Evangiles.
Le moine
n'est pas venu pour être servi mais pour servir (Mt 20, 28). Il est au milieu
des frères comme celui qui sert (Lc 22, 27), et le dernier de tous (Mc
9, 35). Car celui qui parmi les moines est le plus petit, c'est celui-là
qui est vraiment grand (Lc 9, 48).
Ainsi n'existe-t-il de hiérarchie
au monastère que pour servir, en sorte que le plus élevé
des moines se trouve être par le fait même le premier serviteur. Plus
est notable la fonction ou le don, plus est requis chez son titulaire un souci
profond de servir. A l'école du service, le maître est serviteur.
Toute société exige le service comme son oxygène.
Et plus est soudée la communauté, plus le service est impérieux.
Les moines sont au coude à coude étroit comme une famille, et une
famille nombreuse. La vie monastique est incarnée. Mais le pur service,
quoique social, ne cherche pas de témoins, de publicité, d'homologation
par la société. Le service du cloître, loin du jugement des
hommes, porte en cela une leçon. Ce doit être le propre d'une pédagogie
monastique de donner le goût du service anonyme et caché. Là
s'affirme le sens de Dieu, témoin unique et permanent. Le pur service est
désintéressé, gratuit.
Aussi bien ce ne sont
pas la prime et le salaire qui empêchent le service d'être gratuit,
mais l'amour-propre. L'amour-propre est un puissant ressort, le nerf de mille
dévouements, mais c'est un ressort impur, intéressé, tout
tendu à la recherche de soi. Le pur service recherche Dieu.
Pour
saint Benoît, il n'est de service que du Seigneur. Du plus prosaïque
au plus liturgique, tout service doit servir Dieu, monter à Lui.
Le
vrai service est comme un sacerdoce. Il vient de Dieu et il va à lui. Le
serviteur, comme le prêtre, fait en tout l'uvre du Christ. Il agit
pour le compte du prêtre unique à la gloire du Père.
Le
service dans le monde n'est souvent qu'organisation, ordre social, civisme. Mais
le vrai service est une loi d'amour. Il ne va pas sans effort, sans contrariété,
sans souffrance. La nature a pour lui une instinctive répugnance : il est
dérangement, arrachement, mort à soi-même. Mais à l'amertume
du service l'amour substitue la joie. Une amertume subsistante est le signe d'un
trop faible amour. Tout service qui se propose nous renseigne sur notre cur.
Tout homme peut-être connaît la tentation de jouer les petits
maîtres, voire les grands. Sa découverte est capitale, quand il apprend
de la vie que le bonheur, la joie, sont avec l'esprit de service.
La
joie du moine est de servir, et de servir le Christ. Il sait que celui qui sert,
le Père l'honorera (Jn 12, 26). Il sait que le Maître l'appelle "
ami" et non serviteur, mais à la mesure de son service (In 15, 15).
L'école du service est l'école de l'amitié.
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